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 SAUL&GINNY ▲ baby, it's cold outside

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ÂGE : 26 ans
SURNOM : Virginia Mary Elisabeth, pour un max de confusion.
STATUT : mariée, arrangée, obligée.
MÉTIER : peintre et photographe lorsque la tête et le coeur le veulent.
LOGEMENT : ap. 18, pine rivers

POSTS : 175 POINTS : 30

ORIENTATION SEXUELLE : J'aime les beaux garçons.
UN RP ? : Seulement si nous avons un lien.
RPs EN COURS :
ezraameliaseanthomas
saul

RPs EN ATTENTE : ▲ madison ▲ james ▲
PSEUDO : hub
AVATAR : Daisy Ridley
CRÉDITS : louli
DC : .
INSCRIT LE : 18/10/2016

MessageSujet: SAUL&GINNY ▲ baby, it's cold outside   Lun 28 Nov - 5:18

baby, it's cold outside
Saul & Ginny
My mother will start to worry, beautiful, what's your hurry? Father will be pacing the floor, listen to the fireplace roar. So really I'd better scurry, beautiful, please don't hurry. Maybe just a half a drink more, put some records on while I pour. The neighbors might think, baby, it's bad out there. Say, what's in this drink, no cabs to be had out there. I wish I knew how, your eyes are like starlight now. To break this spell, I'll take your hat, your hair looks swell.

La robe que j’avais choisie à la va vite avec Matt lors d’une énième journée sur Kensington avenue était trop serrée, trop étouffante, trop criarde. Elle suffoquait sur elle-même, elle gardait tout en place, soutenir, supporter, diriger. Elle avait sa façon à elle de m’immobiliser, de me garder attentive, inquiète, détaillant les moindres plis, les coutures, les courbes que me renvoyaient le miroir. Un corps que je ne reconnaissais pas, que je ne reconnaissais plus. Un corps qui, il y a quelques semaines déjà, ne m’appartenait même plus. Un corps qu’on promenait de clinique en hôpital, de cabinet de psychologie puis de droit, de salon à la cuisine, de la salle de bain à ma chambre. Toujours sur mes talons, toujours à observer le moindre fait et geste, toujours à se douter du pire, à encaisser les coups à l’avance, à scruter le moindre de mes gestes comme s’il était le dernier. J’avais merdé, oui, j’avais laissé la pression faire le reste. Il s’était avéré que le cri avait été entendu, aussi sourd soit-il. Mes parents avaient arrêté de vivre sous terre, sous leurs convictions, sous l’étouffement du silence pour porter ne serait-ce que la moindre attention sur comment leur fille se sentait, elle qui avait tenté de commettre l'irréparable. Plutôt que de diriger, d’orchestrer, de manipuler, ils avaient pris le temps de se poser, de jouer leur rôle, aussi égaré ait-il pu être. Leur fille n’allait pas bien, et peu importe les conséquences de ses actes, ils avaient pris ce qui leur restait de force, de courage, de temps pour m’écouter. Ou du moins, pour me laisser souffler un peu. Quelques jours de répits, quelques heures de silence, pour finir par revenir vers une ambiance encore plus survoltée, encore plus tenaillée qu’avant. Une mère nerveuse, un frère qui suit ma moindre trace et un père qui reprend les rennes comme s’il en avait toujours été décidé ainsi. J’avais cru pourtant, que tout se calmerait, qu’ils comprendraient, qu’ils verraient. Que j’avais besoin d’eux, que Noah avait besoin d’eux, mais à notre façon. Jusqu’à ce que le jugement tombe. J'étais une mère à problème, mère instable, enfant en danger. Maman l’avait apporté comme une fleur, comme une rose au dîner, un simple papier à signer, une simple formalité au cas où quelque chose de grave se produirait. Puis les petits caractères qui s’alignent, la lueur de la lampe de chevet qui dévoile des bribes de leur plan, des marionnettes que je jouais à la ligne, leur tempo, ma vie. Ridicule. Mais c’étaient eux, dans toute leur splendeur.

Puis Bailey. Bailey, fils d’un ami de longue date, anglais prometteur, riche financier, sourire charmeur. Il m’avait fait rire, la première fois. Un esprit vif, allumé, sympathique. Il avait bien joué ses cartes, il était allé à tâtons, à petits pas, comme s’il savait comment m’apprivoiser, comme si on lui avait soufflé à l'oreille chaque étape, à la lettre, chaque parole choisie au compte-gouttes. Les premières rencontres se passaient bien – trop bien. Papa l’aimait déjà beaucoup trop, maman prenait assidûment de ses nouvelles. Seul Matt, dans son coin, qui se triturait la tête, qui semblait toujours à quelques secondes de dévoiler quelque chose, pour finir par se taire. Bailey qui avait tout vu, mes déboires, mes débuts. Qui était passé à l’hôpital, qui s’était excusé aussi, confus. D’avoir demandé trop vite, d’avoir poussé trop fort. Ces quelques mots, sa proposition, son offre de cristal, demande en mariage arrangée pour bien couvrir les choses, les traces, mes gaffes. Quelle grande âme, qu’on disait. Un déclencheur comme un autre. Et Noël qui se pointe le bout du nez. La première neige qui fait office de paysage, Londres qui frémit, qui s’illumine. Londres la romantique que je découvre à travers les yeux de Bailey, un Bailey attentionné, omniprésent, dévoué, assaillant.

Matt passe la tête dans l’embrasure de la porte, s’arrêtant dans son élan, détaillant du regard le reflet que je renvoie dans le miroir. « Ça fait différent de te voir dans autre chose qu’un vieux pyjama troué. » je lui tire la langue, en dénotant que mes cernes ont fini par s’estomper, que mes joues sont de moins en moins creuses. L’appétit qui revient, les bases qui se retrouvent. L’anneau à mon doigt qui chauffe, que je cache en passant la main derrière mon dos, suivant le pas de mon frère qui m’entraîne vers la voiture, qui m’y laisse pour retourner vaquer à ses propres conneries. La société pour laquelle Bailey travaillait organisait le traditionnel cocktail de Noël avant de fermer les portes pour quelques jours et évidemment, toute bonne fiancée les poings liés par sa famille se devait de faire office, d’être bien présente. Je me glisse près de lui sur le siège arrière, quelques mots échangés, un baiser sur la joue à la va vite, et le charme se reporte sur son portable, sur ses actions à suivre, sur les chiffres et rien d’autre. Silence, salvateur. La course se termine quelques minutes plus tard devant un immense building d’époque, bureau chef de la division anglaise, là où Bailey passe le plus clair de son temps. On nous aide à sortir du véhicule, puis quelques pas sous les flocons humides nous laissent à l’entrée, illuminée de vert, de rouge, de blanc pour l’occasion. Bailey prend mon manteau j’ai le regard ailleurs, vers les différentes toiles ornant les murs, lorsque je réalise qu’il détaille lui aussi la fameuse robe. À croire que personne ne voyait que sous la loque humaine que j’étais devenue, se cachait autre chose. « Tu es superbe, chérie. » la main au creux de mon dos, il m’attire à lui avant de nous amener dans la pièce d’à-côté où le piano a déjà commencé à être effleuré, où les rythmes de jazz se mélangent aux mélodies des Fêtes.

Ce n’est que 30 minutes plus tard que je finis par m’excuser d’une discussion flirtant entre la situation économique avantageuse du Moyen-Orient versus le crash de l’Asie du sud-ouest pour passer au bar. L’alcool étant très rarement une solution, j’avais pour l’instant un goût amer à chasser au travers de la gorge. L’impression d’être tout sauf à ma place, encore plus qu’à l’habitude. Une silhouette me précède pourtant dans la file, un homme, grand, cheveux foncés, l’air déterminé, se glissant entre moi et le barman sans grande gêne. Oh, la robe ne faisait pas tout finalement que je rigole, en silence. « Scotch, double. » que je l’entends demander. « Et il n’est que 17h. » ma voix répond toute seule, chantante, un brin moqueuse. Je n’avais pas tout perdu, finalement. « La même chose pour moi aussi, s’il vous plaît. » le barman hausse le sourcil, amusé, avant de sortir un deuxième verre pour y verser son contenu ambré.

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ÂGE : 37 ans (10/03/1979).
STATUT : marié, il entretient une relation adultère depuis deux ans. aujourd'hui tiraillé, son coeur appartient à deux femmes.
MÉTIER : auteur, metteur en scène et producteur de théâtre et de comédies musicales.
LOGEMENT : #24 Logan City, avec sa femme et ses trois enfants.

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ORIENTATION SEXUELLE : J'aime les jolies filles.
PETIT PLUS : il possède la double nationalité australo-péruvienne ≈ il est marié depuis onze ans et est père de trois enfants ≈ il entretient une relation adultère avec meg depuis deux ans et ne peut se résoudre à choisir entre les deux femmes qu'il aime ≈ il a un demi-frère, né à l'époque où sa mère s'était séparée de son père, de qui il est très proche ≈ sa mère est atteinte de la maladie d’Alzheimer ≈ passionné de théâtre, il est à la tête d'une compagnie qu'il a co-fondé ≈ il joue de la guitare à un très bon niveau.
UN RP ? : Pas dispo pour le moment.
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they're the ones make you trust in the universe, when you're lost and you're left and it's getting worse.


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without a doubt you are my rhyme and my reason, and i won't let you down.


☆ deepika ☆
whether we're broke, whether we're living the dream. i see you laughing but you know what i mean.


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i believe in good things coming back to you, you're the light that lifts me higher.


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you just call on me, brother, when you need a hand. we all need somebody to lean on.

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INSCRIT LE : 10/07/2016

MessageSujet: Re: SAUL&GINNY ▲ baby, it's cold outside   Mer 30 Nov - 3:07

C'était le même cirque année après année, Noël après Noël, depuis que son père trônait à la tête de l'une des entreprises les plus florissantes de l'hémisphère sud. Les cocktails faussement improvisés dans des locaux de haut standing, les invités prestigieux aussi crispés qu'élégants, les discussions existentielles entre des hommes qui par leur allure se prenaient systématiquement pour les maîtres du monde … Saul n'avait que trop l'habitude de ce genre de mascarades et celles-ci le confortaient chaque fois davantage dans l'idée que ce monde n'était décidément pas le sien. Il ne doutait pas que son père – comme beaucoup d'autres sans doute – y trouvait largement son compte entre sa confortable réussite et l'admiration qu'il inspirait à ses pairs, mais Saul, lui, tenait beaucoup trop de sa mère pour s'épanouir dans un milieu où l'hypocrisie se mêlait à une course effrénée pour la réussite et le pouvoir. Cette dernière avait passé des années à fréquenter ces mondanités incessantes à l'époque où elle était une reine de beauté au sommet de sa gloire, et elle en était ressortie – selon ses propres dires – profondément répugnée. Il n'y avait probablement que sa rencontre avec son père qui sauvait encore à ses yeux ces années passées à sourire pour flatter l’ego de riches entrepreneurs qui avaient longtemps vu les femmes de son rang comme des trophées ambulants, et c'est presque inconsciemment qu'elle avait finalement transmis à son fils son dédain plus que prononcé pour ce milieu des plus superficiels. Mais c'était aussi et surtout son coup de foudre pour le théâtre qui avait achevé d'opposer les aspirations de Saul à celles de son père. Car là où le théâtre délivrait une sincérité véritable et sans autre artifice que le jeu de comédiens prêts à exhiber jusqu'au plus profond de leur être, les masques que l'on portait dans le monde des affaires n'avaient rien d'une fiction. Saul le constatait une nouvelle fois ce soir, dans ce building londonien semblant tout droit tiré d'un film d'espionnage, où des hommes qu'il avait vu se tirer dans les pattes pendant des mois se saluaient ici à grand renfort de gestes chaleureux et de sourires surfaits. C'est alors un énième soupire qu'il poussa, lui, les yeux directement rivés vers ce spectacle désolant, tandis que près de lui son père serrait autant de mains qu'il avait jusqu'ici enchaîné les coupes de champagne. « C'est vraiment dommage qu'Elsie n'ait pas pu venir. Elle t'aurait sûrement déridé un petit peu, et puis tu sais que si les gens te voient faire cavalier seul, ils risquent de s'imaginer que ta femme et toi traversez une mauvaise passe. » Sa voix le sortit justement de ses songes et Saul posa sur son père un regard incrédule. Sa tendance à se soucier du qu’en-dira-t-on était une preuve de plus qu'ils n'avaient pas été taillés dans le même bois, et que leurs préoccupations différaient bien souvent. « Ils peuvent bien penser ce qu'ils veulent. Elsie est restée à Brisbane pour veiller sur Caleb et s'occuper des préparatifs de Noël, c'est aussi simple que ça. » Mais si quelques curieux avaient envie de s'imaginer que rien n'allait désormais plus dans le mariage du fils du PDG, alors grand bien leur fasse sans doute. « Un jour, c'est lui qui sera à la tête de cet empire. Mon petit-fils, assis derrière mon bureau … oh oui, je l'y vois déjà. » Cette fois, c'est un sourire presque attendri qu'esquissa Saul, lui qui pourtant avait bien d'autres ambitions pour son fils unique que de marcher dans des traces que lui-même avait délibérément renoncé à suivre. « Tu ne doutes vraiment de rien, papa. » Il commenta alors, d'un ton qui n'avait rien d'un reproche et qui marquait simplement l'idée que son père avait décidément des projets pour tout et pour tout le monde. Des projets que lui avait réussi à contrer, il y a quelques années de ça, mais qui bien souvent lui revenaient malgré tout en pleine figure, les soirs où la conciliation de son père disparaissait en même temps que sa sobriété. « Je n'ai peut être pas su faire entendre raison à son père, mais j'ai bon espoir que ce brave gamin soit un peu moins contrariant ... et un peu plus ambitieux. » Sa remarque, pourtant, lui valut d'encaisser un certain dépit. Sans doute devrait-il mettre ce genre de réflexions sur le compte de l'alcool, mais son père savait toujours comment s'y prendre pour appuyer là où ça faisait systématiquement le plus mal, et ce soir Saul n'était pas nécessairement d'humeur à faire semblant ou bien à jouer au jeu des ripostes. « Je crois que tu as un peu trop bu, je vais voir si je ne peux pas te rattraper. » Il s’éclipsa ainsi à plusieurs mètres de son père, le laissant volontiers aux nombreux partisans qui gravitaient autour de lui et se feraient certainement une joie de l'arracher à sa solitude. Saul, lui, trouverait auprès du bar une compagnie certainement plus enviable, ainsi c'est sans chercher à dissimuler son besoin grandissant de décompresser qu'il se dirigea tout droit vers le barman. « Scotch, double. » Il formula à son attention, sans même avoir noté qu'une jeune femme attendait déjà d'être servie. Ce n'est que lorsque sa voix s'éleva tout près de là que son attention fut captée et qu'il put poser les yeux sur une jolie brune qui comptait visiblement la franchise parmi ses qualités. « Passez cinq minutes avec mon père et je vous garantis que vous perdrez vous aussi la notion du temps. » Saul répliqua alors, dans un léger rire, le premier depuis qu'il avait posé ses valises dans la capitale anglaise. « C'est l'homme au centre de la pièce, avec la cravate rouge et déjà quelques verres dans le nez. Hal Masterson, celui à qui l'on doit ce genre d’événements. » Il jugeait bon de faire les présentations sans même compter sur l'intervention de son père, encore trop occupé à sourire à la moitié de la salle, tendant bientôt une main à la jeune femme, alors qu'il poursuivit. « Je suis Saul. Et vous l'aurez compris, je ne passe pas la meilleure soirée de ma vie. » C'était une précision superflue dès lors que son expression trahissait son envie de se téléporter en dehors de cette pièce, de ce bâtiment et même de cette ville qu'il aurait certainement apprécié de retrouver dans des circonstances un peu plus spontanées. « Je suis désolé de vous être passé devant, je crois que j'avais désespérément besoin de ce verre. » Il reprit finalement, après quelques secondes et dans un léger sourire, préférant qu'elle ne s'imagine pas avoir à faire à l'un de ces mufles qui se croyaient tout permis sous prétexte qu'ils portaient un costume de marque et des chaussures cirées. « Mais je vois que je ne suis pas le seul. Dois-je comprendre que vous préféreriez être ailleurs, vous aussi ? » C'est dans un nouveau rire qu'il osa cette fois l'interroger, après que la jeune femme ait elle-même commandé un scotch, piquant ainsi tout particulièrement sa curiosité. « Vous ne travaillez pas pour mon père, je me trompe ? » Car sans aller jusqu'à prétendre qu'il reconnaîtrait entre milles chacun des visages des employés de son père – pour ceux qui n'étaient pas expatriés aux quatre coins du monde, du moins – Saul avait toujours eu une excellente mémoire visuelle et croyait pouvoir dire que ce minois-ci lui apparaissait pour la première fois. Alors, avait-elle comme lui concédé à faire un peu de figuration auprès d'un père particulièrement persuasif ? Ou bien comptait-elle parmi ces nouvelles recrues qu'il n'avait pas encore eu la chance de rencontrer et que son père se chargeait d'exhiber à ce genre d'occasions, sachant pertinemment qu'une jolie jeune femme distrairait facilement tout un groupe de millionnaires, surtout lorsque comme lui ils avaient jugé bon d'épargner à leurs épouses ce genre de mondanités ?



let's make one last mistake, the harder stuff is always love, i guess.
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MessageSujet: Re: SAUL&GINNY ▲ baby, it's cold outside   Hier à 1:58

baby, it's cold outside
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Les visages qui se confondent, se mélangent, s’agencent, se divisent. Je m’y perds à travers les sourires, les poignées de main, les questions évasives, les réponses articulées. Un jeu de cartes, de marionnettes, d’apparences qui s'orchestre sous mes yeux, et qui paraît déjà moins éprouvant lorsqu’on le prend comme tel. Une succession de noms que je ne retiendrai jamais, pas par impolitesse mais bien à l’inverse, par respect. Ces gens n’ont pas besoin d’une autre femme de financier à amadouer, d’une autre âme charitable à convaincre, d’une place de plus à leur table d’honneur, d’un portefeuille supplémentaire pour investir dans leurs levées de fond. Bailey, par contre, nage comme un poisson dans l’eau, et je me complais à l’observer, à tenter de comprendre, de voir là où j’ai manqué à l’appel, de saisir à quel moment il a décidé par lui-même d’entrer dans le jeu alors que j’ai préféré il y a bien longtemps déjà céder ma place au plus offrant. La flûte de champagne qu’on m’a offerte il y a quelques minutes, ou quelques heures, je ne sais plus, reste bien stoïque, bien droite entre mes doigts distraits alors que j’entends leurs discussions, que je constate leurs divergences, que j’assiste à leurs opinions arrêtées, luttes verbales qu’ils s’imposent, jeu du plus fort qui leur sied comme un gant. Tellement, que je m’excuse, que je m’éclipse, le temps de passer du champagne au scotch, de faire le point sur le carrelage au fond de la pièce, celui qui semble être du marbre ou de la céramique, celui qui m’intrigue plus que les actions et la bourse, que l’import et l’export. Et voilà que je semble avoir trouvé pire situation que moi, alors que le grand brun qui se faufile au bar sous mes yeux en profite pour souffler, pour se vider le cœur un brin, pour faire amende honorable. Son père alors, un costard de plus, une affaire de famille encore. Je ravale mon sourire en pensant au mien, celui qui étouffe, celui qui abrège, et j’ose même les imaginer, le mien et le sien, duel l’un contre l’autre. Qui ferait plier en premier? Qui motiverait le second à commander lui-même un double alcoolisé? J’en étais là dans ma réflexion lorsque l’inconnu se rapproche, qu’il dégaine même une présentation, donnant plus d’étoffe, de caractère à ce personnage presque mythique qu’il décrit maintenant. « Oh, celui-là. » je constate, suivant les doigts qui pointent dans la direction du patron de Bailey, apparemment. « Je ne crois pas avoir eu l’honneur encore… est-ce que je devrais garder ce verre pour les dommages collatéraux? » je souris, je compatis surtout. Boy, we’re on the same boat.

Je m’attendais à être laissée là. Non pas par habitude – depuis les cachets, on ne me laissait plus seule, plus aucun temps mort, plus aucune liberté si ce n’est celle de prendre une longue douche brûlante, entendant la respiration d’un membre de la famille de l’autre côté de la porte – mais plutôt par résignation. Sa résignation, son abandon, lui qui tourne la page et nos chemins qui se séparent le plus normalement du monde. Mais il renchérit, et le parquet qui semblait si intéressant quelques minutes plus tôt sombre maintenant dans l’oubli. Un nom, une explication, de la politesse surtout. Sa voix est douce, posée, triste sous l’éloquence. Le cœur qui se serre, un peu. « Ginny, enchantée. » je lui tends la main, les lèvres qui dessinent doucement un sourire plein de compassion. « Et en effet, disons qu’il y a des obligations maritales qui sont un peu plus mon style que celle-ci. Mais si le scotch est bon, alors le reste est superflu. » je joins le geste à la parole en approchant mon verre du sien pour l’y cogner. Saul questionne mon boulot, l’idée des bouquins d’art qui trônent sous mon lit accompagnés de notes inachevées m’effleure tranquillement alors que je balaie l’idée du revers de l'esprit. « Bien vu. J’accompagne la cravate bleue, à l’extrême gauche. » que je renchéris, utilisant le même code que lui pour décrire ma propre obligation. Son regard suit le mien, pour y découvrir Bailey en pleine discussion enflammée avec deux autres cadres qui me semblent s'être présentés plus tôt. Si? « Je me demande s’ils sont en train de s’emporter sur le fait qu’ils vont tous magasiner chez le même tailleur, ou s’ils se demandent laquelle des nouvelles associées cèdera à leurs avances la première. » Je régresse, je m’amuse, je tente de lire sur leurs lèvres, bien sarcastique. « À une joute sans fin. » je porte le verre à mes lèvres, toujours autant fascinée par la scène qui se joue devant moi, avant de tourner la tête vers Saul qui semble se prêter lui aussi au jeu. « Et vous, c’est par affaires ou par plaisir que vous avez dû enfiler la cravate? » la question se pose d’elle-même, à croire que j'apprivoise doucement mes premiers pas dans la fabuleux monde du small talk comme il ne s’en fait plus.

Saul n’a même pas le temps d’ajouter qu’une main se glisse autour de ma taille, m’attirant fermement vers la gauche. « Je m’inquiétais. Tu devais revenir et… » il a la voix ferme, la poigne qui l’est toute autant et à l’instant, je sens la plus intense des pulsions de rage se nourrir à l’intérieur de mon ventre. Aucune liberté, aucun air. Évidemment, j’étouffe le tout  – si ironiquement bien dit – avant de laisser mes yeux lui confirmer le reste. « Je prenais un verre, simplement. On se rejoint au dîner? » Bailey hausse le sourcil devant ma voix mielleuse, celle qu’il connaît pour être à double tranchant, avant de détailler Saul comme s’il ne le connaissait pas, comme s’il le voyait pour la première fois, apparaître d’un nuage de fumée ou d’une explosion d’artifices. « Bailey Livingston. Je ne crois pas que nous avons eu le plaisir. » il s’avance pour lui serrer la main, d’une poigne de coq de basse-cour. Ridicule. Il finit par partir, non pas sans jeter plusieurs regards à la dérobée espérant que je le suive à la trace. Les visages autour auront au moins eu ça de bon d’être des témoins. « Il n’est pas toujours comme ça… » que je l’excuse, par habitude. « Mais ça me donne tout de même envie de voir comment il réagirait si je sors de la pièce et pas seulement de son champ de vision. » une expression moqueuse trouve son chemin sur mon visage. L’envie de jouer qui se pointe le bout du nez.

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MessageSujet: Re: SAUL&GINNY ▲ baby, it's cold outside   Aujourd'hui à 14:39

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SAUL&GINNY ▲ baby, it's cold outside

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