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 late night with the husband (ben)

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Message(#) Sujet: late night with the husband (ben) late night with the husband (ben) EmptyDim 14 Mar 2021 - 0:41


Un voile sombre recouvrait la ville de Brisbane qui était désormais ensevelie sous la noirceur de la nuit. Le regard tendre et le sourire aux lèvres, Emily secouait la main en guise d’au revoir à travers la fenêtre de son salon. Au même moment où la brune s’apprêtait à fermer les rideaux de la fenêtre du salon, Chloe se tourna vivement vers elle et lui fit un signe de coeur avec les deux mains. Paume levée vers le ciel et main sur la bouche, Emily lui envoya un baiser soufflé en riant. Sa petite soeur avait beau avoir le don de la faire sortir de ses gonds - ce qui était un exploit en soi considérant sa personnalité irréprochable -, elle ne pouvait s’empêcher de l’aimer d’un amour inconditionnel. C’était sa soeur, après tout.

Les rideaux du salon maintenant fermés, Emily se dirigea vers la cuisine d’une démarche titubante en attrapant ici et là les restes de la soirée qu’elle venait de passer en compagnie de ses soeurs. Une fois dans la cuisine, elle rangea deux verres sales dans l’armoire sous l’évier et un sac de croustilles dans le congélateur avant de se laisser tomber sur une des chaises hautes de l’îlot central. Puis, se rendant compte de ce qu'elle venait de faire, elle se mit à rire. À éclater de rire. À se tordre de rire. À rire jusqu’en avoir mal aux joues et aux côtes.

Emily se sentait incroyablement bien. Comme si toutes ses craintes et tous ses soucis s’étaient volatilisés d’un seul coup. Sa tête était libre, son coeur léger. Emily se sentait incroyablement bien. Comme si elle flottait, flottait de bonheur.

Bennett était l’homme de sa vie et Jonah leur petit miracle. Elle avait une belle maison, un beau jardin et des voisins sympathiques. Son métier lui permettait d’aider les autres, en particulier les enfants, à tous les jours. Il la stimulait intellectuellement et la rendait pleine de fierté. Sa famille était en santé et toujours aussi proche d’elle. Leslie, Helena, Chloe et elle-même formaient un quatuor à tout déchirer. Elle avait un nombre incalculable d’amis sur qui elle pouvait compter. Brisbane, même si ce n’était pas Sydney, la faisait sentir comme chez elle. Que pouvait-elle demander de mieux? Que le sentiment d’euphorie qu'elle ressentait grâce aux effets de l'alcool puisse durer éternellement, sans doute. Détail. Détail sans importance.

Sa fesse droite vibra soudainement. C’était Ginny qui lui demandait si elle était libre le week-end prochain. Les yeux plissés et la langue entre les dents, Emily tenta bien que mal de lui répondre. En bonne Emily alcoolisée, elle en profita aussi pour lui faire une déclaration d’amour. Sa bonne amie risquait d’être bien surprise par ses messages, car elle pouvait compter sur ses doigts le nombre de fois où elle avait été ainsi pompette. D’autant plus qu’elle refusait plus souvent qu’autrement les verres que Ginny lui payait lorsqu’elles sortaient ensemble. Emily n’avait rien contre le fait de prendre un verre ou deux de temps à autre, mais n’avait jamais apprécié de boire jusqu'à en perdre ses moyens. Seule l'idée de perdre le contrôle de ses moyens l'angoissait. Même si elle voulait les aider, elle ne comprenait pas ces gens qui consommaient de manière abusive. Surtout ces gens dont l'alcool avait tendance à faire ressortir une noirceur des plus totales autrement bien cachée à l'intérieur d'eux. Non, elle ne les comprenait pas.  

Bennett. Elle eut une soudaine envie de le voir traverser le seuil de la cuisine. Allait-il arriver bientôt? Était-il loin? D’ailleurs, où avait-il passé la soirée? Il lui avait dit qu’il allait revenir tard pour leur laisser, à ses soeurs et elle, tout le temps nécessaire pour discuter. L’horloge de la cuisine affichait une heure du matin. Emily reprit son téléphone, qu’elle avait rangé dans sa poche arrière de pantalon après avoir répondu à Gin, et appela Bennett. Après un moment qui lui sembla une éternité, elle tomba sur sa boîte vocale. « Beeeeeeeeeen! Tu peux revenir parce que… c’est que… parce que les filles, elles sont parties! Tu sais que je t’aime, han? Ah! Attends, raccroche pas tout de suite. Jonah est couché, donc fais pas trop de bruit en rentrant. JE T’AIME. » Fière de son message, Em se donna une petite tape sur l’épaule. Elle voulut ensuite se lever pour faire un peu de ménage avant l'arrivée de son mari, mais en se levant, elle fut tout de suite prise d’un terrible haut-le-coeur. La réalité lui frappa alors en plein visage : elle était plus que pompette, elle était complètement ivre. Misère. Combien de verres avait-elle pris? Qu'est-ce qu'elle avait fait? Comment avait-elle fait pour perdre ainsi le fil de sa consommation? Elle ne perdait pourtant jamais le fil de sa consommation. Quelle angoisse, quelle honte! Boire à en perdre le contrôle... Elle venait de faire quelque chose qu'elle désapprouvait, qui était contre ses valeurs, qui lui faisait peur. Quelque chose qu'elle avait reproché à Bennett pendant de longues années jusqu'à ce qu'il décide enfin d'opter pour la voie de la sobriété. Il avait fait tellement d'efforts depuis la naissance de leur fils... Quel genre de femme était-elle? Quelle mère indigne était-elle? La tête dans la cuvette, elle priait maintenant pour que Ben ne se pointe pas avant plusieurs heures encore.

@Bennett Giller  :l:  :l:


Dernière édition par Emily Cohen le Mar 20 Avr 2021 - 1:23, édité 1 fois
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Message(#) Sujet: Re: late night with the husband (ben) late night with the husband (ben) EmptyJeu 18 Mar 2021 - 22:34


« Salut Ben. Bye Ben. » Un signe de main amical plus tard, qui n’était destiné qu’à trois des Cohen, voilà Bennett à la porte de chez lui. Ça ne tombait pas si mal, il avait des choses à faire en ville, une vague besogne administrative qui pourrait l’occuper une heure. Ensuite ? Ensuite on verrait. Certaines voix qu’il laisse derrière seront plus regrettées que d’autres ; en attendant, il était sans domicile pour la soirée – sans atelier – sans les deux personnes les plus importantes de sa vie – sans avoir prévu de quoi tenir dans la nature comme l’inadapté qu’il était. Arbres, pavillons et transports en commun – t’as pas une bagnole, toi ? – se succèdent sans qu’il n’ait la curiosité de spéculer sur ce qui se tramait dans la fratrie qui avait investi sa propriété ; à la place, un flot ennuyeux de réflexions sur ses délais de commande distrait sa nature cérébrale ; les avenues s’écoulent ; arrêt après arrêt, resasse son surmenage. C’est fermé. La porte blanche lui rit au nez. Hein ? Bien sûr que c’est fermé, Bennett. Dans quel pays les bâtiments administratifs attendaient les flâneurs du soir ? C’est fermé, et les papiers lui restent dans la main, ses quelques dizaines de minutes de distraction avec. Voyons. Changement d’itinéraire. Allons au grand air, allons se décanter la poitrine quelque part, dans le grand silence qui envahissait les rues ; allons hors des rues, allons au bord de la ville, sur la plage ou dans un grand parc ; il avait de l’argent à perdre dans les bus aujourd’hui. Lorsque le sel agresse ses narines et entreprend de lui vider tout à fait l’esprit, Bennett en a pour deux ou trois heures, à circuler au bord de l’eau et dans son esprit, apaisé par le bruissement sulfureux de l’écume. L’océan formait une sortie à la cacophonie urbaine. Rien de pénible et rien d’à la marge ; rien de dangereux, et rien de fatiguant. Passe.

Juste, juste un seul, un seul, un seul. Pour la route ; pour le courage. Pour la vanité ! Pour se congratuler lui-même de n’avoir rien touché depuis dix jours – neuf ; pour la santé de ceux sans lesquels il croulait et de celui à cause duquel il croulait, en une troublante mise en abyme. Juste un, pour se rappeler du goût ; parce qu’il en avait envie ; parce que rien de l’en empêchait. Tout ce choix ? Les liqueurs étincelantes allument doucement ses yeux ; doucement. Il sait qu’il n’a le droit qu’à un plaisir de frontière. Une confiserie. Les gorgées, prises si lentement qu’elles n’arrachent rien ni personne, se contentent de transmettre le message aux nerfs malades concernés ; sirote comme une eau pétillante, n’a ni les mains qui tremblent ni l’air d’un fou. Juste un verre pour anticiper l’insomnie, éviter de la réveiller en se retournant vers le plafond pour la centième fois ; il ne faisait que penser aux autres, le nez au-dessus du whisky savouré goutte à goutte, maitrisé, encagé ; senteurs chaudes qui embrassaient celles de la mer encore collée à lui, quoiqu’il n’ait fait que la contempler – l’avait marqué à distance sans l’attirer assez pour l’empêcher d’être ici. Passe aussi. Combien de temps ? Passe, et rien ne brûle. Mais – c’était sa sonnerie à lui, depuis tout à l’heure… ? « Beeeeeeeeeen ! » Oh, le téléphone était bien trop près de son oreille pour ce qu’elle venait de faire, mais rien d’assez terrible pour rompre son attention envers la voix d’Emily. « Tu peux revenir parce que… c’est que… parce que les filles, elles sont parties ! Tu sais que je t’aime, han ? Ah ! Attends, raccroche pas tout de suite. Jonah est couché, donc fais pas trop de bruit en rentrant. JE T’AIME. » (C’est-à-dire que… ?) (Non, ce n’était pas un message qu’Emily laisserait d’ordinaire, aussi bien-intentionné soit-il.) Quelque chose entre le sourire, l’incompréhension et l’inquiétude se fait une place sur les traits de Bennett, lorsque les différentes informations peinent à se coordonner en un ordre logique – revenir ? Oh, pourquoi ? Quelle heure ? Quand ? Les Cohen sont parties ; Chloe est partie ; ça, il peut encore l’interpréter comme une excellente nouvelle. Elle l’aime ; aussi une information qu’il digère sans trop tituber, il l’aime aussi, tout est superbe, mais est-ce que c’était nécessaire qu’il rentre ? (Ne fais pas semblant d’être ivre.) Le fond crépusculaire entre ses doigts le toise avec suspicion. Juste, juste un verre ; il avait respecté sa promesse intérieure, pour une maigre fois. (Allez, Giller, il est temps, et si tu es encore présentable, c’est peut-être un signe du destin.) La voix chevrotante d’Emily le fait rire intérieurement, sans qu’il ne tire de conclusions hâtives de l’haleine qui se sentait de l’autre bout du combiné. Paye son dû sans rincer ses dents dans le reste de sa consommation – dans la rue, mâche le sempiternel morceau de gomme parfumée sous la menthe duquel s’écraseraient bientôt les trahisons du whisky. (Et il se prétendait surpris d’avoir atterri là, tout de prêt dans ses poches.) (Il est venu en transports…) Il se connaissait ; il serait stupide de ne pas parer à toute éventualité, n’est-ce pas ? C’est ce qu’il se dit dans le dernier bus qui l’accueille de justesse, quatre âmes à tout casser, dont deux sensiblement plus éméchées que lui, sobre si ce n’était l’addition prélevée sur sa minute de faiblesse. C’était bien la peine de le laisser dehors…

Les horizons déserts de l’entrée ne lui permettent pas de distinguer la silhouette familière avec laquelle il partageait les lieux – quand aux élucubrations de Jonah, il aurait deviné qu’elles s’étaient tues dans les bras de Morphée sans même qu’elle ne le précise. Mais elle, justement, où était-elle ? Le bruit des clés sur le meuble ne provoque pas plus son apparition que celui de la porte ; Bennett traverse le salon, elle avait dû s’endor– pas exactement, non. Traverse la pièce, et… Emily ? Avec tout ce que ça avait d’ironique, le sculpteur n’intervient pas tout de suite, laisse l’œil sur le spectacle, amusé. Oh, elle ne gouterait pas la blague, elle ne savait pas à quel point c’était drôle – il était tout seul dans la combine, seul à avoir toutes les versions de l’histoire nécessaires à la compréhension de cette adorable plaisanterie. Elle ne l’avait même pas remarqué… « Belle soirée, » finit-il par se manifester, sourire en coin et pas besoin d’ennemis, avec des amis comme lui. Dans la santé et dans la maladie ; dans l’idéal éclatant ou dans l’alcoolisme larvé ; mais les prêtres sont assez peu réformateurs, et ils s’étaient contentés des paroles rituelles ; maintenant elle sent le vin, tout est à refaire, lorsque Bennett s’accroupit à la hauteur d’Emily – pas que le vin, si… ? Si, si, en toute objectivité, c’était hilarant. « Tu te sens comment ? » Lâche sa voix à sa hauteur ; le passionné d’analyse et de mémoires inutiles, qui ne saurait juger l’état de sa propre épouse à vue ; pour la juste raison qu’elle n’était jamais dans cet état. A vue ; lui restait tout du moins l’expérience, qui lui soufflait qu’elle était trop haut pour perdre conscience, trop bas pour former des pensées cohérentes. « Laquelle t’a obligée ? » C’est bon, il peut bien railler, on est trop triste dans cette vie. Il n’en fallait pas beaucoup à Emily ; elle était avec ses sœurs ; il n’y avait pas lieu de s’enfoncer dans des hypothèses obscures et déprimantes, quand bien même il était la preuve ambulante que le pire est toujours latent. La pièce est encore pleine de rires éteints, et la vision d’Emily prostrée est moins dramatique qu’attendrissante, jusqu’à preuve du contraire, pour un dégénéré comme Bennett. « Le sol est pas très confortable, » finit-il par décréter en lui tendant la main – voir si sa coordination musculaire était encore à même de l’ôter du plancher. Quitte à être l’hôpital qui se fout de la charité ; ce monde manque d’infirmiers avec le sens de l’humour. Infirmiers convalescents, en l’occurrence.
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Message(#) Sujet: Re: late night with the husband (ben) late night with the husband (ben) EmptyMer 31 Mar 2021 - 1:53


Impact. Collision. Choc. Ce moment où la concentration d’alcool dans le sang atteint un point de non-retour. Ce moment où l’on passe de l’euphorie totale au regret instantané. Curieux, comme moment, non? On dirait la vie qui profite d’une énième manière de nous prouver, le regard moqueur, qu’on ne peut pas lui échapper. Qu’elle est plus rusée que nous. Qu’elle connaît déjà tous les tours. Que c’est même pas la peine d’essayer d’être heureux l'instant d'un moment parce que c’est déjà foutu de toute manière. Se pourrait-il même que la vie ait créé toutes substances altérant l’équilibre chimique du cerveau pour se moquer encore plus de la faiblesse humaine? La vie était-elle si perverse qu’elle aurait créé des moyens d’amener l’être humain à atteindre le sommet de l’extase pour seulement mieux retomber? Non, voyons. Je m’emballe. Si? Passons. Ce genre de pensées ne correspondaient à Emily de toute manière. C’est ce qu’elle essayait, du moins, de se convaincre elle-même et, par le fait même, de convaincre tous ceux qui croisaient son chemin.

Emily tenta de récapituler sa soirée. Elle se souvint du départ de Bennett, de l’attitude à tout casser de Chloe, du regard découragé d’Helena, des encouragements de Leslie. Un discours enflammé, une dispute, une réconciliation. Un mélange de sentiments intenses, voire extrêmes… de la légèreté suprême, un amour inconditionnel, une joie ultime, une reconnaissance infinie. Si la soirée avec ses soeurs avait commencé dans une ambiance plutôt tendue, elle s’était terminée dans un lot d’embrassades interminables et de mots d’amour à profusion. Une soirée entre les soeurs Cohen plutôt classique en fait. Ce qu’elle ne comprenait toujours pas, c’est comment elle avait fait pour passer de la hôte responsable qui sirotait un verre de vin ici et là, à la hôte complètement ivre qui éprouvait désormais le plus grand-mal de vivre de l’univers. Comment avait-elle fait pour autant l’échapper? La honte et le remord lui firent tordre les traits du visage. Elle n’acceptait pas d’avoir ainsi perdu le contrôle de ses capacités et tous ceux la connaissant savaient à quel point le contrôle de soi était important, crucial, vital pour elle. C’était d’ailleurs une des principales raisons pourquoi elle ne buvait pas ; elle voulait avoir le contrôle de ses moindres paroles et de ses moindres gestes en tout temps. Avait-elle fait une folle d’elle ce soir? Elle allait devoir appeler ses soeurs pour excuser son comportement. Comment Bennett allait réagir en la voyant amochée de cette manière? Elle allait devoir trouver une excuse, une raison, n’importe quoi qui ne la ferait pas passer pour la pire des épouses et la pire des mères à ses yeux. Ben la trouvait si pure, si bonne, si parfaite. La seule pensée de décevoir quiconque la rendait inconfortable, mais la seule pensée de le décevoir, lui, la rendait malade. Non, Emily était son pilier, elle ne pouvait pas le laisser tomber.  

« Belle soirée ». Son coeur flancha. Ses yeux s’écarquillèrent. Son visage flamba. Tout d’un coup, il faisait péniblement chaud, les murs lui paraissaient se rapprocher dangereusement d’elle et le plancher semblait se dérober sous ses jambes. D’un côté, un immense soulagement de se savoir en sécurité maintenant qu’il était là. D’un autre, un effroyable sentiment de honte de le savoir spectateur de sa pitoyable prestation. Ben. Ben qui faisait tant d’efforts depuis la naissance de Jonah. Ben. Ben qui avait drastiquement cessé de consommer pour Jonah. Il avait tous les droits de se prononcer avec sarcasme. En guise de réponse, Emily tourna doucement la tête en direction de son mari en prenant soin d’éviter son regard. Elle était prête à recevoir son jugement final, mais pas autant prête qu’à s’infliger elle-même le pire des jugements. « Tu te sens comment ? » Son coeur flancha de nouveau. À cet instant-même, c’est elle qui ne méritait pas Bennett Giller. Elle prendrait soin de s’en rappeler. Surtout lorsque Chloe lui ferait encore une remarque giclante à son sujet. « Je... vais bien... et toi? Ta soirée? Je... cherchais mes... boucles d'oreille. Elles sont tombées... » Pas con. Il était pas con. « Laquelle t’a obligée ? » Il ne lui en voulait même pas... il était convaincu que c'était une de ses soeurs qui l'avaient incitée à consommer plus qu'à l'habitude. Emily ne savait pas si elle devait être soulagée du fait qu'il ne la tienne pas responsable de son état ou agacée par l'accusation de Bennet. Elle prit un instant pour y réfléchir et n'eut pas le coeur de lui avouer qu'elle ne se souvenait même pas comment elle avait fait pour se rendre à cet état-là. Il était plus simple de lui faire croire que ce n'était pas de sa faute, qu'elle était toujours la pure, bonne et parfaite Emily qui sera à jamais son pilier. « C’est… uhm… c’est Chloe… El…elle remplissait mon verre entre deux insultes à ton égard… Elle t’aime pas du tout… Ben… » Le visage bien sérieux, elle fit sa meilleure impression de Chloe. « Tu mérites mieux que Ben, il est pas fiable, je vais t’en trouver un, moi, un bon mari… Les filles, c’est quand qu’on… qu’on le fait partir en courant! Blablabla… » Silence. Emily figea en prenant conscience de ce qu’elle venait d’avouer à Bennet. « Elle a pas dit exactement ça, mais… Elle t’aime pas, Ben, et j’sais plus quoi faire pour qu’elle… tu sais… je sais plus quoi faire pour qu’elle t’aime comme… comme moi je t’aime. » Elle planta finalement son regard dans celui de son mari. « Le sol est pas très confortable » La pièce tournait encore autour d’elle et se lever impliquait de produire un effort considérable, mais elle finit par prendre la main de son mari après un moment d'hésitation et se relever de peine et misère. « Je me sens hyper mal, Ben. À partir d'aujourd'hui... euh... demain plutôt... je ne boirai plus aucune goutte d'alcool. Tu sais, en guise de soli... solidarité pour toi. 'Toute manière, j'ai eu ma dose de vin pour la vie. »

@Bennett Giller :l: :l:


Dernière édition par Emily Cohen le Mar 20 Avr 2021 - 1:23, édité 1 fois
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Message(#) Sujet: Re: late night with the husband (ben) late night with the husband (ben) EmptyVen 9 Avr 2021 - 3:02


Entre une hésitation et un bégaiement, le jour se fait dans les yeux d’Emily ; un jour trouble, zébré de fumées qui sentaient le rouge, le blanc et le rose alternativement ; un jour où le soleil avait pris le verre de trop et la nuit était en retard – demi-lumière, demi-brume, qui ôtent l’espace de quelques minutes ce que la brune avait de maitrise tirée à quatre épingles, dans le temps, tout le temps, tout le temps. Pression relâchée ; elle ne connaît pas ça, ni la jeune femme, ni les pièces dans lesquelles ils évoluent, sous tension – tension de quoi ? De briser, d’exploser ; tout est calme pourtant ; tout a fini par être calme. Les murs rétrécissants, domptés. Les plafonds ciels d’orage, remplacé par du béton à plat. Des ciels d’orage à nouveau peut-être, maintenant que les esprits d’Emily tombaient à la renverse. « Je... vais bien... et toi ? Ta soirée ? Je... cherchais mes... boucles d'oreille. Elles sont tombées... » Bennett ne prend même pas la peine d’un regard circulaire qui chercherait l’objet du mensonge ; il a inventé le mensonge, et l’art de parler à trois grammes cinq aussi, il connaît les différents rayons de fatigue ou d’euphorie qui traversent la mousse de la boisson. Qui croyait-elle abuser, dans son flou intérieur et ses syllabes qui faisaient barque en bois au milieu du naufrage ? « C’est… uhm… c’est Chloe… El…elle remplissait mon verre entre deux insultes à ton égard… Elle t’aime pas du tout… Ben… » Etonnant, que sa belle-sœur ait attendu qu’il quitte la maisonnée pour sortir le diaporama usé jusqu’à la moelle qui devait à terme convaincre tout Brisbane que Bennett était le pire parti de la ville. Enfin, la blonde avait dû essayer de faire cracher le morceau à sa tendre sœur, qu’elle s’était trompée, que tout cela était une vaste méprise, qu’on annule tout, tomber de rideau, etc. « Tu dis ça par vengeance, elle m’adore, tu sais. » Et à l’idée qu’Emily était capable d’orchestrer une loi du talion à l’encontre de qui que ce soit, une seule autre tenait la dragée haute en termes d’absurde ; celle que Chloe éprouvait la moindre once d’affection pour lui.

Mais les univers faits de verres et de vers et chimères ne sont pas parmi les plus stables. Bleu, rouge s’inversent, donnent blanc et noir, jaune, mauve, fusionnent et débarrassent la table ; un clignement d’yeux, Chloe devenait rousse, un autre et elle était le plus ferme soutien de Bennett dans la famille Cohen. La vie ivre est très simple, Emily, laisse-toi porter. « Tu mérites mieux que Ben, il est pas fiable, je vais t’en trouver un, moi, un bon mari… Les filles, c’est quand qu’on… qu’on le fait partir en courant ! Blablabla… » Emily radote comme n’importe quel pilier de bar, son mauvais mari se contente d’écarter les objets qui pourraient entraver le trajet (au demeurant très court) qu’ils auraient à faire ; partir en courant n’était pas une option, pour le moment. Survivre aux Noëls avec Chloe était une belle preuve de ténacité ; mais Emily ne voulait pas d’argument, car son monde tournait, tournait, tournait encore, il le lisait bien, et elle le disait sans le dire. « Elle a pas dit exactement ça, mais… Elle t’aime pas, Ben, et j’sais plus quoi faire pour qu’elle… tu sais… je sais plus quoi faire pour qu’elle t’aime comme… comme moi je t’aime. » Retrouvant la verticalité à grand-peine, les lignes doivent tanguer pour la jeune femme ; Bennett sert de mât du navire, attends que l’horizon se dégage pour engager les manœuvres vers un monde meilleur, qui se trouvait être le salon. « Tu peux commencer par venir avec moi, je suis certain que ça la convaincra. » Il en faut peu, dans la vie ivre ; on flirte avec Sirius, puis le noyau de la terre, et elle ne devrait pas se torturer ; dans le vin, l’avis de Chloe importait très peu, et il suffisait de changer légèrement d’angle pour qu’avec le pourpre disparaissent toutes les médisances, au profit d’une douce ondée, sans problèmes, ni je sais plus quoi faire. « Je me sens hyper mal, Ben. À partir d'aujourd'hui... euh... demain plutôt... je ne boirai plus aucune goutte d'alcool. Tu sais, en guise de soli... solidarité pour toi. 'Toute manière, j'ai eu ma dose de vin pour la vie. » Oui, par solidarité, exactement. C’était aussi par solidarité que Bennett avait fini par accepter un certain ordre des choses, un certain ordre de perfection, qu’il devinait artificiel ; contre lequel lutter serait devenu un conflit, et ils n’avaient plus besoin de conflits. Par solidarité, on se marie, aussi, parfois. Scellant certaines choses pour en oublier d’autres ; les promesses sont un danger terrible, il ne le dira pas, ce n’est pas le jour, ce ne sera jamais le jour, il faut croire aux promesses.

Il finit par atteindre le canapé avec elle, sur lequel il s’efforce de l’installer en minimisant le risque de chute ; la scène contre-nature qui prend place dans le silence préservant le sommeil du marmot ne cesse pas de lui garder un sourire entendu, adressé à Emily ou à l’être intérieur qui tenait le compte de ses travers et de ses vérités mutiques ; Emily déséquilibrée, sortie des rails, de la routine, avait un air différent. Se croyant compter parmi les êtres qui la connaissaient le mieux ; il n’avait pourtant pas souvent le privilège de l’observer hors d’une espèce de vaste structure architecturale, ponts de qualités, avenues de la bonté, urbanisme de l’idéal… toutes ces choses millimétrées dont Bennett connaissait le caractère fragile, sans prétendre y croire, sans prétendre ne pas y croire non plus ; Chloe dirait qu’il était indécis, et ajouterait ça à ses raisons d’intégrer l’enfer sitôt qu’il passerait l’arme à gauche. Enfin l’alcool délavait la peinture, et c’était en observateur que Bennett scrute les traits lourds de la brune, comme s’il pouvait y trouver les raisons mystérieuses d’un phénomène muet. « C’est complètement con de boire, hein ? » (Il n’y a aucune contradiction, dans ce monde-ci Bennett ne boit pas et n’a même jamais bu.) La silhouette du sculpteur s’éloigne un instant, revient avec une mesure d’eau qu’il laisse sur la table basse à la discrétion de son épouse. « Tout ira mieux demain. » Bennett l’amoureux des résonnances s’efforce de ne pas voir dans ses propres paroles, l’écho d’une situation plus globale, inscrite dans l’histoire de ces murs ; une histoire faite de demain qui en promettaient d’autres sans pouvoir s’y prendre longtemps à l’avance, certitudes fragiles, masques, aussi, quelquefois, souvent. « On est pas obligé de faire tout ou rien, hein. Mettons ça sur Chloe. Ah non, j’avais dit non. Disons que c’est moi qui remplissais ton verre. » Le jeu d’ombres et de mots continue, inégal, évidemment, du fait que Bennett possédait toutes ses facultés, et ne se privait pas de faire tourner le manège mental autour d’Emily, par curiosité scientifique, par amusement, par envie. « Ça tourne encore ? Je bouge plus, là. » Tous les tournis, tous les vertiges, tous les regards qu’il connait ; et l’Emily qui tourne et qui vogue ne l’attristait pas, puisque ce Bennett-là n’avait aucune raison de s’attrister d’une belle soirée bleue ; il cherchait peut-être, dans cette vision inhabituelle, un élément inconnu, facteur nouveau. Si rien n’arrivait ; il en rirait quand même, de ses justifications absurdes, à elle qui se dédouanait de rien du tout comme si tous les diables la sommaient de s’expliquer. Le verre de trop, c’est aussi un genre de droit au bonheur, qu'il ne niait à personne.
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Message(#) Sujet: Re: late night with the husband (ben) late night with the husband (ben) EmptyMar 20 Avr 2021 - 1:17


Une tête lourde était appuyée sur les épaules d’Emily. Une tête trop lourde pour son cou délicat, pour ses épaules dénudées, pour son corps frêle. Une tête lourde d’alcool, mais aussi lourde de remises en question. De doutes. De regrets. D’espérances. Au milieu de cette tête en forme d’ovale, des yeux marrons suppliants. Des yeux marrons suppliants qui criaient : « J’ai merdé, mais je t’en supplie, aime-moi quand même ». Aime-moi pour que je n’ai pas à aimer moi-même. Aime-moi parce que je ne sais pas comment m’aimer moi-même. C’était d’une absurdité des plus totales que d’atteindre le sommet des sommets et d’encore ressentir ce vide à l’intérieur. Mais c’était sa réalité.

« Tu dis ça par vengeance, elle m’adore, tu sais. » Si seulement c’était vrai. Chloe voyait quelque chose d’irrécupérable en Bennett qu’Emily ne voyait pas. Là où la première voyait noir, la seconde voyait blanc. Qui des deux avaient raison? Probablement aucune. Même si elle ne le laissait pas savoir la plupart du temps, le discours incessant de sa soeur l’épuisait considérablement. Sa carrière a toujours été très importante pour elle, mais son mariage, son mariage… Il était le fondement de son identité, le fondement de son bonheur, le fondement de sa vie. Son plus grand rêve réalisé. Son plus grand indice de réussite. Sain ou malsain, c'était ainsi pour elle. S’attaquer à son mariage c’était s’attaquer au fondement même de sa vie. Elle s’attendait à quoi, Chloe? Qu’elle demande le divorce? Qu’elle brise la famille dont elle avait mis tant d’efforts à bâtir? Qu’elle devienne la mère divorcée que tout le monde plaignait? Qu’elle rejoigne le lot des familles recomposées? Qu’elle fasse vivre une telle épreuve à son fils? C’était mal connaître Emily.

« Tu peux commencer par venir avec moi, je suis certain que ça la convaincra. » Si seulement c’était aussi facile. « D’accord, mais… mais, mes boucles d’oreilles ? » La masquarade jusqu’au bout, jusqu’au dernier coup de minuit, jusqu’à la tombée des rideaux, sauf que dans le cas d’Emily, la tombée des rideaux ne se produisait jamais. Le spectacle jouait en permanence. Le masque ne tombait jamais. L'acteur ne quittait pas son personnage. Elle n’était pas saoule parce qu'elle avait perdu le contrôle, non, Chloe l’avait fait boire un verre de trop et maintenant elle cherchait simplement ses boucles d’oreilles. Tout allait bien. Tout était sous contrôle. Elle avait dérapé, mais ce n'était pas de sa faute. Pourquoi s’acharnait-elle encore, après toutes ces années, à jouer ce personnage de perfection même devant la personne qui la connaissait le plus? Ben l’aida à se relever doucement du sol et lui servit de soutien jusqu’au salon où il la déposa délicatement sur le canapé. Son crâne était sur le point d’exploser lorsqu’elle prit place sur la surface moelleuse.

« C’est complètement con de boire, hein ? » Emily, la tête trop embuée par les effets de l’alcool, ne s’était toujours pas rendue compte du petit jeu de Bennett. « C’est complètement idiot, oui. Ce mal de crâne… c’est… c’est affreux! Tout ça… pour un mal de crâne. T’imagines ? Non, c’est décidé, plus d’alcool pour moi aussi. J’aurais dû te le proposer avant, tu sais. Qu’on fasse ça ensemble. Je ne sais pas pourquoi je n’y ai pas pensé avant… en plus… en plus les gens vont se dire qu’on est un couple solidaire. » Emily et l’opinion des gens, cette grande histoire d’amour… « Tout ira mieux demain. » En voyant son mari lui apporter de l’eau et en l’entendant prononcer sa dernière phrase, Emily fut frappée par la situation. C’était elle, d’habitude, qui lui apportait un verre d’eau lorsqu’il rentrait aux petites heures du matin et qu’il sentait le whisky à tout casser. C’était elle, d’habitude, qui lui disait que tout allait bien aller, et ce, peu importe la situation. Elle était comme ça. C’était dans sa nature. Elle était confortable dans son rôle de sauveur ; il lui permettait de diriger l’attention sur l'autre, de répondre à son besoin d'aider son prochain et de toujours paraître en contrôle. Bennett et Emily se rejoignaient sur ce point, car Ben avait besoin de la lumière d’Em et Em avait besoin de la noirceur de Ben. C’était étrange pour elle que les rôles soient tout à coup inversés et, si une part d'elle était plus ou moins confortable dans cette situation, une autre part d’elle ne détestait pas tout à fait de voir son mari s'occuper ainsi d'elle. Emily prit soudainement conscience qu’elle fixait Bennett en souriant bêtement depuis un bon moment maintenant et, gênée, se tourna vivement vers verre d'eau qu'il lui avait amené. « Merci, Ben. » Elle vida alors le verre à moitié avant de le remettre sur la table.

« On est pas obligé de faire tout ou rien, hein. Mettons ça sur Chloe. Ah non, j’avais dit non. Disons que c’est moi qui remplissais ton verre. » Emily s’esclaffa. « Ça tourne encore ? Je bouge plus, là. » Toujours en riant, elle tenta maladroitement de l’attirer près du canapé pour qu’il s’assoit à côté d’elle. « Non, mais je suis sérieuse, Ben… Peut-être que tu… peut-être que tu pourrais faire un truc sympa pour elle, j’sais pas, pour lui prouver que t’es une bonne personne. » Sans crier garde, elle enchaîna alors complètement sur un autre sujet. « Tu sais c'qu'on devrait faire? Tout laisser tomber et partir en Europe avec Jonah. Paaaaaaartir! Juste tous les trois. Tu te souviens de notre voyage de noces ? » Ce n’était pas du tout son genre et elle aimait beaucoup trop son travail pour le quitter définitivement, mais à l’instant-même - et possiblement au plus profond d’elle-même -, c’était réellement ce qu’elle avait envie de faire. Excitée par cette idée, elle voulut se lever pour aller tout de suite faire ses valises - bien sûr -, mais comme le sol se mit à danser sous ses pieds, elle reprit vite place sur le canapé. Misère.

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Message(#) Sujet: Re: late night with the husband (ben) late night with the husband (ben) EmptyMar 27 Avr 2021 - 22:26


Lentement, mais sûrement, rien n’arrive. Dans un flottement nocturne, les regards de Bennett trouvent des ancrages éphémères sur une poignée de cils bruns, un reflet d’ivresse qui tente de capter sa pupille, une évanescence d’Emily qui, à s’efforcer d’être partout, n’arrivait pas seulement à mettre le doigt sur le bijou perdu. Les maladresses criantes sont rattrapées de l’autre côté de la balance, chaque excès de verve compensé par l’excès de précautions côté sobre. « D’accord, mais… mais, mes boucles d’oreilles ? » « Je vais les retrouver. » Elles sont soigneusement alignées sur le premier support qu’a trouvé l’œil maniaque du brun pour les sauver du naufrage – de sa femme. « C’est complètement idiot, oui. Ce mal de crâne… c’est… c’est affreux ! Tout ça… pour un mal de crâne. T’imagines ? Non, c’est décidé, plus d’alcool pour moi aussi. J’aurais dû te le proposer avant, tu sais. Qu’on fasse ça ensemble. Je ne sais pas pourquoi je n’y ai pas pensé avant… en plus… en plus les gens vont se dire qu’on est un couple solidaire. » Aux phrases synthétiques du trentenaire, répondent les lignes déliées par des arômes capiteux. Complètement idiot. Il fût un temps, Bennett aurait pu laisser échapper des signes d’inconfort, point tout à fait rodé à la pratique du mensonge systématique ; une fuite de perspective dans le regard, raclement de gorge qui se perdrait dans le son de sa voix, comme la justice essayant de s’évader de lui. Maintenant, la contradiction était consommée ; le nœud demeurait tout à fait gordien au cœur de son être, mais il le contenait dans les limites intérieures, en faisait une bataille – une défaite – absolument privée. Même la crainte qu’Emily touche du doigt la supercherie s’était considérablement amenuisée, depuis qu’il avait, quelque part, cessé d’imaginer une suite du processus qui serait une fin. « Personne t’en voudra de te faire plaisir de temps en temps, Em. Ça te rend radicale, le vin blanc ? » Voilà pourquoi il pouvait se permettre ça ; voilà pourquoi Bennett sans scrupules, agréablement engoncé dans l’illusion, raille en toute sincérité l’Emily des extrêmes – trois gorgées et une descente, pas celle-là ; radicale, on dirait lui dans ses bons jours, ceux des résolutions brisées avant la fin du mois. Pour connaître le résultat, il l’en éloignait doucement. « ‘Les gens,’ » ironise-t-il doucement.

Consommons avec modération, le tout ou rien ça vaut pas – il y reste – ça ne compte pas. Ramené au canapé, Bennett s’y laisse choir pour ne pas rajouter un paradoxe à ceux dans lesquels baignait Emily. « Non, mais je suis sérieuse, Ben… Peut-être que tu… peut-être que tu pourrais faire un truc sympa pour elle, j’sais pas, pour lui prouver que t’es une bonne personne. » Faire quelque chose pour Chloe ? Sonner à sa porte tout sourire, un jour de rayons translucides tombant sur Brisbane, et enterrer la hache de guerre autour d’une adorable boîte de chocolats suisses enrubannée de bleu azur… ? Rictus coupants, fossettes vénéneuses – chacun son Némésis, et être acclamé par tous était aussi terrifiant qu’abandonné de l’espèce. Bonne personne, c’est déjà beaucoup, trouvez pas ? Personne moyenne, il visait ; la moyenne demande des valeurs basses, et Chloe se révélait furieusement utile. Il l’avait haie sans bornes le jour du mariage ; par la suite, redites, répétitions, rien d’aussi flamboyant. Elle l’atteignait dans une certaine mesure ; mais elle ne le connaît pas assez pour faire souffrir autre chose que son orgueil. « On est pas obligés de s’apprécier, laisse-la penser ce qu’elle veut. Peu importe. » Le secret qui n’en était pas un, faisait le folklore familial. Laisse-la avoir raison sans le savoir, sur un certain nombre de points ; laisse-la agrémenter les fêtes de fin d’années d’une sérieuse dose de médisance, juste assez mordante pour que Bennett n’oublie pas le goût des vraies choses. Chloe avait décidé d’être cette personne de sa vie ; grand bien lui fasse, le sculpteur n’allait pas courir les quatre vents pour abreuver un terrain stérile. Gérer ce qu’il renvoyait aux yeux du reste de son entourage était assez prenante pour qu’il s’autorise une tâche aveugle – Chloe, moyen mnémotechnique, rappel de ce que le clivage n’était pas une option ; la guerre ouverte, une possibilité éventuelle. Lexique martial. Le lissage extérieur d’une nature conflictuelle, n’en restait pas moins superficiel ; Chloe s’intégrait dans ses structures mentales, presque un point d’équilibre, point de gouffre, de cynisme. « Tu sais c'qu'on devrait faire ? Tout laisser tomber et partir en Europe avec Jonah. Paaartir ! Juste tous les trois. Tu te souviens de notre voyage de noces ? » S’il s’en souvient ? « Je pense que je faisais partie des principaux invités, » réplique-t-il, glissant sur les mots pour n’en heurter aucun, détachant les syllabes pour mettre en valeur une phrase qui n’en avait pas.

L’idée d’Europe, même embuée d’une haleine de banquet, ternit à peine le visage de Bennett – le fatigue ? (Qui sait.) Les souvenirs du bonheur, vifs comme les photographiques qui en existaient, avaient eux-aussi leur place bien ordonnée dans la boîte appropriée ; les souvenirs de leurs noces et d’une période durant laquelle Bennett marchait littéralement sur l’eau, n’attisaient chez celui d’aujourd’hui aucune velléité de départ vers de froids horizons continentaux. Question d’envie ? Question d’investissement du temps, de curiosité ; d’habitude, peut-être, d’inertie avec laquelle Bennett se laisse porter par sa propre existence. De là, à affirmer qu’il s’était mué en une créature de routine, le fossé était infranchissable ; pourtant son penchant pour les décisions hasardeuses ou démentes paraît somnoler avec les esprits lucides d’Emily, lorsqu’il hausse les épaules, relève légèrement la tête, creuse de l’œil une mappemonde irréelle sur laquelle tous les points s’équivalent. « Tu voudrais vraiment faire ça ? » Elle est ivre, Bennett, et heureusement que les idées qui pouvaient lui venir à lui dans cet état, n’étaient que les fabulations d’une tête malade. Le discernement d’Emily n’avait pas la meilleure cote – mais Bennett l’observe comme s’il pouvait tirer du nuage vineux, une vérité essentielle. « On pourrait. » Conditionnel prudent, semé sans alternative, comme une porte ouverte, une porte fermée. Europe, voyages, départs, Jonah – aucun de ces mots n’avait ordinairement le potentiel de le repousser. Alors Bennett ne repousse rien, joue neutre, sur la ligne, n’est qu’un type qui joue avec les mots et les humeurs éméchées de son épouse. « Ça aussi, c’est une idée de Chloe, ou tu t’ennuies beaucoup trop depuis que Jon désapprend à dire non à tout ? » S’ennuyer. Les bourreaux de travail avec un bambin ne s’ennuient pas, théoriquement – ça n’a pas beaucoup d’importance, la logique, quand on parle avec une bouteille. Bennett ne sait sans doute pas lui-même ce qu’il prospecte, songeur, à poser des questions innocentes sans donner son avis. L’Europe ? Lui rêvait d’autres planètes, à un gramme six, un gramme sept ; ce n’est pas une question de distance ; les questions de Bennett sont sans doute innocentes, sans arrière-pensée maussade.
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Message(#) Sujet: Re: late night with the husband (ben) late night with the husband (ben) EmptySam 8 Mai 2021 - 6:16


« Je vais les retrouver. » Hors de son contexte, cette phrase ne voulait pas dire grand-chose. Elle était banale, sans grande importance, droit au but. Je vais les retrouver, tes boucles d’oreilles. C’était simple, court, direct, efficace. Selon le ton sur lequel elle avait été prononcée, elle pouvait signifier un service rendu par plaisir ou par défaite. Par plaisir : Je vais retrouver tes boucles d’oreilles, ne t’inquiète pas. Par défaite : C’est bon, je vais les retrouver, tes fichues boucles d’oreilles. Prise dans son contexte, cette phrase voulait néanmoins tout dire. Peut-être pas aux yeux de son émetteur, mais certainement aux yeux de son récepteur. Bennett, en acceptant pour une millième fois d’embarquer dans une de ses mascarades complètement absurdes sans même broncher, venait de lui confirmer encore une fois qu’il l’acceptait telle qu’elle était. Pour une personne comme Emily, qui se battait depuis sa tendre enfance pour plaire aux autres et pour se plaire à elle-même, cette phrase voulait tout dire. Peut-être qu’elle avait tort de se cacher derrière ce faux visage de perfection, finalement. Peut-être qu’elle avait tort d’ignorer intentionnellement les situations qui la rendaient sensibles, finalement. Peut-être qu’elle avait tort de s’acharner à ne pas vouloir se montrer vulnérable, finalement. Bennett l’aimerait peut-être quand même, finalement. Comme tous les autres.

« Personne t’en voudra de te faire plaisir de temps en temps, Em. Ça te rend radicale, le vin blanc ? » Radicale. Le mot eut le même effet sur elle qu’une main déterminée à faire glisser ses ongles sur toute la longueur d’un tableau de craie. Radicale. Un mot pouvait-il soudainement devenir son plus grand ennemi? Si on refusait de recevoir la vérité en pleine figure, probablement. On s’attaquait alors au mot plutôt qu’à la vérité qui se cachait derrière lui. Emily eut un mouvement de recul. Son corps se raidit et son expression se refroidit. Qu’est-ce qu’il voulait insinuer par là, au juste? Qu’elle n’était pas capable de se faire plaisir? Jamais? Pourquoi? Parce qu’elle buvait rarement qu’un verre ou deux? Qu’est-ce qu’il voulait dire par « radicale »? Qu’elle n’avait pas raison de vouloir complètement arrêter l’alcool après avoir avoir pété un câble à cause de Chloe et après avoir été malade comme un chien? Qu’elle n’avait pas raison de vouloir complètement arrêter l’alcool pour le supporter dans son arrêt de consommation? « J’suis pas radicale. J’suis raisonnable. On sait tous les deux ce que ça peut faire, l’alcool. » La dernière phrase avait glissé de ses lèvres un peu trop rapidement à son goût, mais il était trop tard pour corriger le tir à présent. Emily n’était pas encore prête à confronter cette vérité. D’autant plus que le sujet était sensible pour elle étant donné qu’elle avait été aux premiers rangs pour observer les effets néfastes qu’une consommation abusive pouvait avoir sur un individu. « Les gens. » La remarque, même si apportée d’une manière plus ou moins confrontante, la blessa, évidemment. Peu importe la manière dont elle avait été dite, elle restait une critique de son obsession envers l’opinion des autres. Peut-être que Bennett ne le comprenait pas totalement, finalement. Peut-être qu’il ne l’acceptait pas totalement, finalement. En temps normal, Emily aurait fait comme si la remarque ne l'avait pas touchée, mais son taux d’alcoolémie lui fit faire le contraire. Elle ramena ses bras sur elle et posa son regard sur le sol.

« On est pas obligés de s’apprécier, laisse-la penser ce qu’elle veut. Peu importe. » Si seulement c’était aussi facile à dire qu’à faire. Emily insista. « C’est important pour moi, Bennett. » Son mari ne semblait pas comprendre pas à quel point il était important pour elle que tous les membres de sa famille, sans la moindre exception, s’entendent bien. C’était sacré, pour elle, la famille, et elle avait horreur que sa petite soeur s’acharne autant de cette manière sur le cas de son mari. On ne pouvait pas s’entendre avec tout le monde, d’accord, mais on pouvait au moins se respecter, non? Il devait y avoir un moyen pour améliorer la situation, il ne pouvait pas ne pas y en avoir.

« Je pense que je faisais partie des principaux invités. » Emily se retint de sourire pendant un bref moment avant de pouffer de rire. Elle avait toujours apprécié l’humour de Bennett, mais en même temps, elle était un public assez facile. Son rire cristallin détendit l’atmosphère d’un cran. « Tu voudrais vraiment faire ça ? » Pourquoi pas? Ils étaient jeunes et en santé, alors pourquoi pas? Elle n’avait aucune idée si c’était elle-même ou bien l’alcool qui parlait, mais dans l’impulsion du moment, elle s’en moquait. L’Europe les appelait et elle voulait répondre à l’appel. « Oui ! Pas toi ? J'ai encore rien vu du monde. Je veux voir différents paysages, je veux voir ce qui se passe ailleurs. » On pouvait entendre l’excitation dans sa voix. Sans parler de ses yeux qui étincelaient de plus en plus. C’était comme si, tout d’un coup, la vie n’avait plus de limites pour elle. Il n’y avait plus d’obligations, plus de responsabilités, plus rien qui la retenait d’agir comme bon lui semblait. C’était… libérateur de la voir ainsi. « On pourrait. » Une réponse prudente, mais suffisante l'exciter. « Ça aussi, c’est une idée de Chloe, ou tu t’ennuies beaucoup trop depuis que Jon désapprend à dire non à tout ? » Retour à la case départ. Échec et mat. Game Over. L’excitation d’Emily redescendit aussi vite qu’elle était arrivée. « Pourquoi ce serait une idée de Chloe ? Tout à l’heure… j’étais incapable d’avoir du plaisir. Maintenant, je suis incapable d’avoir des idées excitantes. C’est bon, j’ai compris, en gros, tu me trouves aussi amusante qu’une branche d’arbre. » Soupir d’exaspération. « Des fois… des fois je me demande ce que je t’apporte. » Traduction : Des fois, je me demande si tu m'aimes.

spoiler:
 
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Message(#) Sujet: Re: late night with the husband (ben) late night with the husband (ben) EmptySam 15 Mai 2021 - 20:40


La pupille hésite, les tergiversations succèdent aux illuminations fantomatiques, dans les yeux de la jeune femme. Bennett suit, comme le chimiste qu’il n’était pas, les émotions qui altèrent tour à tour l’autre figure : déni, ennui, allégresse ou déception, à chaque nuance son décryptage. La toile qui rayonne pour peu que les boucles d’oreilles soient en sécurités, retourne dans le trouble à des mots que même la prudence du sculpteur ne parvient pas à identifier – encore une faute ? Il ne s’améliorait pas, la com’, relations publiques ou privées ; ce qu’Emily lui avait transmis comme art de la façade, finissait par se heurter à son désir de mise à plat. Plat – affirmations simples, rien de risqué, rien qui puisse épouvanter l’esprit rendu irrationnel par la fin de soirée. Pourtant les gens dont Bennett aimerait écarter le regard pour préserver une bulle, assombrissent celui d’Emily ; pourtant le prisme du visage sans filtres, adoucissants et passoires, ne laisse passer que des remarques confuses ou inquiètes. « J’suis pas radicale. J’suis raisonnable. On sait tous les deux ce que ça peut faire, l’alcool. » C’était donc radicale qui lui faisait cet air noir ? Le filtre de la censure retiré, celui de la plaisanterie le remplaçait prestement – ça lui apprendrait, à tenter l’humour à deux heures et quatre verres de trop, seul pour apprécier sa propre subtilité. « C’est important pour moi, Bennett. » Pour lui aussi, ça avait été important, lorsque la rencontre des Cohen avait été le moment de renouer avec une certaine idée de la famille, qui lui glissait entre les doigts ; lui aussi s’était retrouvé dans les efforts scrupuleux d’Emily pour arranger la superficie, à l’heure de prouver qu’il y avait pire que d’avoir Bennett Giller pour gendre ou beau-frère. Le terrain qu’il avait gagné ne s’anéantissait pas dans l’obsession incrédule de Chloe. Emily ne devrait pas s’inquiéter de cette résistance – un espace pacifié est un espace de mensonges. Quant au fait que Bennett lui-même avait troqué la devise de lui montrer le contraire contre laissons, elle a sa raison ; ce fait – mais attendez, il est temps de répondre. « Je sais. Mais si elle avait envie de changer d’avis, elle l’aurait fait depuis le temps. » Et si Bennett croyait au changement tout court, il aurait encore eu espoir ; mais les Noel amèneraient d’autres Noel, Chloe persisterait dans sa croisade contre son beau-frère, et seule l’histoire savait à qui Jérusalem resterait au terme. La foi, ça ne raisonne pas, cadette Cohen a ce qu’il faut de religion pour tenir le cap. Religion ; il en fallait, pour croire que Bennett en valait la peine, pour croire le contraire aussi, mais le sculpteur fuyait les deux fanatismes. Le roman de Chloe avait besoin qu’il soit le pire choix ; celui de Bennett s’accommodait d’un rappel occasionnel qu’il n’était pas le meilleur. Il y a simplement des choix. « Oui ! Pas toi ? J'ai encore rien vu du monde. Je veux voir différents paysages, je veux voir ce qui se passe ailleurs. » Diplomate, Bennett hoche la tête, pacifie subliminalement le début d’ébauche de désaccord qu’Emily croyait déceler dans les phrases qu’il avait pourtant claires – poursuit sa politique de neutralité sans engagement précis, de temporisation floutée. Emily était enthousiaste ; ne pas contrarier cela, laisser intact, prendre des chemins détournés. Emily le prend à parti, ne pas donner l’impression de se gommer, superposer les couches, troubler les cartes, as de pique ou as de cœur, confondus par l’enivrement. (Elle avait raison, il y avait eu la période, il y avait eu Jonah, ils n’étaient pas partis depuis longtemps.) Mais Bennett est rationnel quand ça l’arrange, et quand ça ne l’arrange pas il a le bagage pour se créer une logique sur mesure. « Pourquoi ce serait une idée de Chloe ? Tout à l’heure… j’étais incapable d’avoir du plaisir. Maintenant, je suis incapable d’avoir des idées excitantes. C’est bon, j’ai compris, en gros, tu me trouves aussi amusante qu’une branche d’arbre. » Et Emily dépolie par les vapeurs d’un blanc de facture Chloe de vider sa mélancolie aux humeurs changeantes, sous l’attention minutieuse d’un Bennett aussi vaguement surpris que vaguement moins amusé par la situation.

En filigrane, la sincérité de son épouse dessinait la silhouette tremblotante d’un malaise dont la confrontation n’avait sans doute pas le vin blanc pour meilleur cadre ; à l’accusation d’accuser son épouse, oppose un flegme que le soupir d’Emily n’entache pas. « Tu sais que je me moquais gentiment, tout à l’heure ? » Avec les précautions qu’il fallait prendre dans l’état semi-enfantin, semi-tranchant dans lequel la bouteille avait plongé Emily, Bennett précise sa pensée guère trop complexe pourtant, remet le vernis où il s’écaille. « Des fois… des fois je me demande ce que je t’apporte. » Le soupir n’avait eu aucun effet sur lui – ce qu’on ne ferait pas après une soirée avec Chloe et l’éthylotest hésitant ; à l’inverse, ces paroles-ci gèlent Bennett dans l’amusement relatif qu’il avait jusque-là trouvé à la scène ; autant de rideaux d’alcoolémie qu’il pouvait placer entre Emily et ce qu’elle disait, pas assez pour éloigner tout à fait la pénible sensation qu’on lui tirait les mots de la bouche. Tout ce qu’il fallait empêcher Bennett de faire – regarder les interactions humaines comme des transactions, peser le pour et le contre au lieu d’accepter l’inconditionnalité, maitriser, maitriser plutôt que ressentir ; tout ce qui était à charge contre lui, Emily le ramenait d’un mot, apporter, d’une hésitation, je me demande. Suivre la pente naturelle de l’esprit du sculpteur, c’était alors examiner factuellement les coûts et bénéfices – Emily ne voulait pas ça ; c’était pourtant ce qu’elle obtiendrait, à creuser les défauts du plus vieux. Radicale et amnésique, aurait-il dit en avançant son fou, s’il avait la tête aux parties d’échecs implicites. Cède les blancs, ne commence pas de facture. « C’est donc ‘ça’ que ça fait, l’alcool, » raille doucement Bennett plutôt que d’entrer dans la démonstration rigoureuse de toute l’absurdité qu’il y avait à douter d’une relation stable dès deux grammes au foie ; et comme Emily est raisonnable, qu’elle le dit elle-même, il n’y a pas lieu qu’il soit mal interprété – n’est-ce pas ? « Je ferai une liste pour ton réveil. » Puisqu’on voulait des arguments, puisqu’on voulait des certitudes et des paroles creuses ; puisqu’on ne voulait pas du tout cela, et que Bennett en avait parfaitement conscience, mais que le marchandage prenait mal avec lui. Un je t’aime contre la tranquillité, trop cher payé, six ans après avoir dit oui pour toutes sortes d’épreuves autrement plus insurmontables qu’une ivresse tourbillonnante. « Je disais ça par rapport au travail. Pour l’Europe, les voyages. » Menteur, Giller – par omission ; mais la surcharge de commandes, la difficulté de trouver l’inspiration ou de se sentir progresser, lui donnaient un paravent à la réalité moins seyante d’un Bennett trop immobile pour s’imaginer voler, là, tout de suite, inversant les rôles habituels en un étrange jeu de renvois. Ce qu’on s’apporte, ce qu’on reporte. La force centrifuge naturelle qui le visse au centre, n’avait pas à cet instant de contrepoids assez puissant. « Et maintenant c’est moi la branche, tu vois qu’on peut s’entendre, » sculpteur et désamorceur de conflits, entreteneur de petites coupures insignifiantes mais vives, polisseur de langue de bois.
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Message(#) Sujet: Re: late night with the husband (ben) late night with the husband (ben) EmptyVen 28 Mai 2021 - 1:46


« Je sais. Mais si elle avait envie de changer d’avis, elle l’aurait fait depuis le temps. » Le changement ; un concept difficile à concevoir pour Bennett. C’était plutôt comique, voire ironique, considérant le fait que la philosophie d’Emily était basée sur la capacité de l’être humain à changer, à évoluer, à progresser. Certains diront que les contraires s’opposent, d’autres qu’ils s’attirent. Pourquoi ne se compléteraient-ils pas ? Bennett avait cette noirceur intérieure si profondément ancrée en lui… Emily ne pouvait s’empêcher de se demander ce qu’il serait advenu de lui s’il avait trouvé refuge non pas auprès de sa lumière naturelle, mais auprès d’une âme aussi torturée que la sienne. Était-ce égoïste de sa part de penser qu’elle avait un rôle de « sauveur » auprès son mari ? Qu’elle était, en quelque sorte, une main tendue au fond de son chaos psychique ? Une main tendue en permanence qu’il n’avait qu’à prendre pour retrouver le droit chemin en cas de déroute ? Était-ce narcissique de sa part de remplir un besoin personnel de gratification à travers ce rôle de sauveur ? Égoïsme ou altruisme ? Narcissisme ou bienveillance ? Don de soi ou prétexte pour ne pas s’occuper de ses propres démons ? Toutes ces réponses ? Était-ce seulement possible ? Pourquoi pas ? Après tout, l’être humain n’était pas reconnu pour sa simplicité. D’ailleurs, si Emily s’obstinait parfois à faire preuve d’une pensée « noir ou blanc », c’était plus par un souci de protection que par une vision simpliste de l’être humain. Le changement, pour elle, s’incorporait dans la complexité de l’être humain. Plus il vivait, plus il changeait. « Les gens peuvent changer d’idée, Ben. T’as… » Un bâillement inopiné l’obligea à prendre une pause avant de recommencer à parler. « T’as bien décidé d’arrêter l’alcool, toi. » Il lui manquait cependant encore une clef à son raisonnement pour qu’il soit, disons, plus complet : l’être humain, pour changer, devait tout d’abord en avoir profondément envie et être prêt à le faire. Emily pouvait déplacer les montagnes ou bousculer les lois de l’univers pour aider son prochain, à quoi bon, si cette même personne n’en voyait pas la nécessité ou n’était pas prête à fournir les efforts pour se faire. À quoi bon, sinon l’épuisement le plus total de ce fameux sauveur qui, au final, avait autant, sinon plus, besoin de se faire sauver lui-même. « C’est ma petite sœur, elle s’y prend mal, mais elle veut juste me protéger… Il faut juste... il faut juste qu’on lui montre qu’elle n’a pas besoin de le faire. » Sa voix avait retrouvé un ton plus calme, plus compatissant. Elle ne pouvait pas le blâmer de vouloir abandonner la chose. Après tout, sa sœur s’acharnait sur son cas depuis des années maintenant. Quoi qu’il en soit, si Bennett ne croyait plus en l’idée d’un éventuel traité de paix avec Chloe, Emily, elle, avait assez d’espoir pour deux.

« Tu sais que je me moquais gentiment, tout à l’heure ? » Une moue bien prononcée plissait les traits de son visage. S’il avait pensé que son état d’ébriété était l’occasion idéale de faire ressortir gentiment les éléments les plus tabous de sa personnalité, il s’était mis le doigt dans l’œil. Même avec un taux l’alcoolémie élevé, elle restait à l’affût de toutes formes de jugements amers à son égard. Aucun ne lui échappait et un seul suffisait à l’achever. Bienvenue dans l’univers — l’enfer — d’Emily Cohen. Un endroit où la perfection cachait bien plus qu'une simple superficialité, mais une peur terrible de ne jamais être assez. « Oui, je sais, mais quand même. » Elle savait qu’il n'avait pas voulu la blesser intentionnellement, mais il était trop tard, les mots qu’il avait prononcés s’étaient déjà ajoutés à la liste de tous les autres qui avaient réussi à écorcher son coeur durant ses trente-cinq ans d’existence. « C’est donc 'ça' que ça fait, l’alcool. » Le regret fut poignant et instantané. À quoi s’attendait-elle ? Si elle s’attendait à une déclaration d’amour, elle aurait dû marier leur voisin, qui était un vrai Roméo Montaigu des temps modernes. Pas Bennett Giller. Elle le savait. Elle l’avait accepté ainsi. Elle avait vu en lui d’autres qualités. Ils avaient deux langages d’affection différents et elle avait appris à décortiquer le sien. Alors, pourquoi le mettre dans une telle position, en sachant très bien comment il allait réagir ? Parce que, même si elle avait une idée de comment il allait réagir, elle espérait quand même qu’il lui dirait ce qu’elle voulait entendre. Ce qu’elle mourait d’entendre, là, à cet instant, et comme à biens d’autres instants de leurs nombreuses années de vie commune. Et il n’y avait que la Emily en boisson, celle qui laissait de côté les faux-semblants et qui s’autorisait à exprimer librement ses émotions, qui avait le courage de lui en faire concrètement la demande. « Je ferai une liste pour ton réveil. » Elle attendit un peu avant de comprendre qu’il n’ajouterait probablement rien d’autre sur le sujet. La déception s’empara de son visage blanc comme neige, mais elle tenta de retenir ses larmes et d’afficher un sourire malgré tout. « D’accord. » Les mots lui manquaient ; quoi répondre à si peu ? Quoi penser devant si peu ? De toute manière, son mal de crâne avait doublé et ses paupières trahissaient sa fatigue ; elle avait seulement envie d’aller se coucher à présent. Et oublier sa soirée. « Je disais ça par rapport au travail. Pour l’Europe, les voyages. » La tête sur le point d’exploser, elle se concentrait maintenant uniquement à masser les tempes.« Mmh... » Dit-elle sans savoir réellement à quoi elle répondait. « Et maintenant c’est moi la branche, tu vois qu’on peut s’entendre. » Elle ne l’écoutait toujours pas lorsque le mot « branche » attira soudainement son attention. Lorsqu’elle comprit ce qu’il venait de dire, Emily se retint de rire avant de finir par lui offrir un sourire. Il essayait. Au moins, il essayait. C’était suffisant. Pour là. « Un duo de branches. » Exténuée par sa soirée, elle décida d'abandonner tous arguments pour le moment et déposa doucement sa tête sur l'épaule de Bennett en fermant les yeux. Il avait beau avoir les qualités émotionnelles d'une branche, il restait sa branche à elle.

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Message(#) Sujet: Re: late night with the husband (ben) late night with the husband (ben) EmptyMar 1 Juin 2021 - 0:50


Tu cherches quoi, exactement ? Le statu quo ; donc Bennett ne cherche rien, au sens propre du terme. Les oscillations de la balance ne peuvent être qu’à son désavantage. (Bouge pas.) Bouge pas ! Puisque Bennett ne cherche pas la meilleure situation possible, mais seulement celle sur laquelle il se sent assez d’emprise pour garder le navire à flot, peu importe sa vitesse – sa direction. Les triomphes et les cataclysmes, parallèles, un et six sur le dé ; l’euphorie qui avait entouré son mariage autant que la catabase qui avait résulté des promesses sans remède, étaient sur le même plan pour le sculpteur. Très haut, très bas ; deux façons de perdre la main, deux extrêmes dans lesquels il se fond à défaut de savoir les contrôler, résister à l’appel de la radicalité – pour reprendre le mot qui avait heurté la jeune femme… mais non, ce n’est plus ce Bennett là à couper au couteau, le Bennett des railleries atroces et de la non-diplomatie, ce n’était pas ce Bennett-là avec lequel elle avait accepté de vivre ; elle l’avait connu dans les débuts, elle l’avait connu dans la tempête ; ils avaient vu qu’il était mieux qu’il disparaisse, et il avait disparu. Du moins il se tenait silencieux, il gardait ses traits d’esprit pour lui. Ses vérités et ses mensonges pour faire mal – le mal, exact, étouffé comme un feu sous le tapis ; le mariage et l’amour n’en ont pas besoin ; et tant pis si c’est lui qu’on tasse dans la suie, elle qu’on conforte dans la chimère. Moins et moins font plus. Des sacrifices, puis des bénéfices. C’était ce qu’elle lui reprochait dans un autre temps ; de renoncer trop tôt, de vouloir tout ou rien. On se rencontrera à mi-chemin. Faut avancer ? Mi-chemin d’abord, être sûr qu’on est là. Il a retenu la leçon, avance à tâtons, ce qu’elle voulait, pas vrai ? Faut savoir… « Les gens peuvent changer d’idée, Ben. T’as… » Elle baille ; il baillerait bien lui aussi, si l’habitude de l’insomnie et la connaissance de ses quotas de comportements désagréables ne l’en retenaient. « T’as bien décidé d’arrêter l’alcool, toi. » Exact. Fallait donc que lui tourner dans la moelle osseuse avec les ongles soit une occupation délicieusement addictive, si Chloe ne pouvait s’en défaire, alors que son beau-frère avait chassé la tendance à picoler un peu à chaque repas et beaucoup le soir sans personne. Un whisky contre un reproche, quarante-deux pourcents et t’as rien à faire dans la famille ; autant de rengaines comme une note continue contre laquelle son audition n’avait plus besoin de lutter. Celle d’Emily, si. C’était sa sœur. Et alors ? Personne n’est tenu de s’entendre avec ses sœurs, il en savait quelque chose, et les regrets ne l’étouffaient pas à ce sujet. Pas la même chose. Les exceptions sont contre lui. Ou était-ce la règle… ? Bennett qui avait la boisson dans le sang, pas maintenant, maintenant c’est elle, mais chimiquement, génétiquement, juste là toujours à guetter ; Bennett avait décidé d’arrêter l’alcool, et ça s’était fait. L’ami d’Emily, potable, ‘ça c’est rien, simplement il aime bien prendre un verre ou deux puis souvent quand même’ avait disparu avec le cynique. Les Bennett se perdent en route ; ils y gagnent des morceaux de la brune, grâce à qui il n’a pas eu besoin de réellement arrêter ; le dire suffit. Le vernis suffit. Suffire, suffire, suffire.

Il a mis un carré d’adhésif sur le tonneau qui fuit des litres, et tout ira bien, personne n’a jamais compris ça de toute manière, la dégradation volontaire, le plaisir qu’il mettait non pas dans la légèreté de l’ivresse, mais dans la certitude d’en sortir un peu plus décomposé, fût-ce invisible, intérieur. Tourmenté, il hait le mot caricatural, presque obscène ; c’est beaucoup plus simple, et son noir à lui n’est pas plus profond que celui des autres, même celui d’Emily ; il en est plus conscient, il l’a théorisé. (Un peu plus décomposé.) Les parois corrosives qui l’attirent inexplicablement, que lui veulent-elles ? Bennett ne sait pas ; elles luisent, simplement, elles parlent une langue infinie, qui pourrait le lire lui. « C’est ma petite sœur, elle s’y prend mal, mais elle veut juste me protéger… Il faut juste… il faut juste qu’on lui montre qu’elle n’a pas besoin de le faire. » Entre protéger Emily et détruire Bennett, la ligne avait une finesse féline que Bennett s’empêcha de souligner oralement ; l’intégralité du sujet Chloe passa sous silence, avec l’intention de ne pas ajouter une torpeur à celles dans lesquelles flottait l’esprit de la jeune femme. Elle la démentirait elle-même, sa tendre sœur, s’insurgeant qu’Emily puisse lui trouver quelque bonne volonté que ce soit à l’égard de Bennett. Il n’y avait qu’une seule personne à voir un terrain d’entente possible, et elle était, qu’elle le veuille ou non, hors de l’équation. Dans combien de temps, Emily ? Un an ? Un an, c’était passé ; le choc est rude ; elle couve ses œufs, sa perfection, son joyau. Deux ans ? Deux ans, le début des alarmes. Mais l’enfant ? L’enfant, ce serait bon, rayez la haine, soyons heureux, soyons sublimes, ma maison est leur maison, elle ne pourrait pas les haïr avec un môme, un – cela faisait huit ans que la paire existait. La preuve par la durée donnait raison aux pessimistes. Chloe protégeait un oisillon qui avait largement eu le temps de déployer ses ailes – pourtant personne n’avait fui. Parlez de protection ; parlez de tradition, puisqu’il n’y avait que ça pour exprimer la régularité de l’animosité entre les deux individus. La protéger, encore ? Prescription ? Au mieux, du délire, au pire l’aveu qu’Emily n’était pas capable de prendre seule sa vie en charge ; et ce, même si l’histoire complète donnait quelques éléments de raison négligeables à Chloe. « Oui, je sais, mais quand même. » Equilibres ? La susceptibilité d’Emily et la capacité de Bennett à encaisser à peu près n’importe quoi avaient probablement quelque chose à voir avec l’alliance qui enserrait leurs doigts. A tourner, à retourner l’équation, on devait finir par y trouver quelque chose de linéaire, quelque chose qui dirait pourquoi Bennett froissait en toute conscience, connaissant chaque pli auquel il ne fallait pas toucher, artisan lui-même de l’assemblage des illusions qui leur garantissait l’habitude d’être ensemble. Pour le meilleur, pour le pire ; et pour l’entre-deux, auquel le serment n’avait visiblement pas pensé, quoiqu’il constituât l’épreuve la plus sévère. « Je suis désolé. » Elle est excellente, sa blague, à Bennett (et la sincérité ?) ; qui ne prononçait jamais ces mots au summum de l’exigence critique de la vie, et les offrait à la charité dès qu’ils pouvaient acheter à la jeune femme la tranquillité qui  précède la gueule de bois. L’histoire ne dit pas ce dont il s’excuse, et il est douteux qu’Emily ait la force d’y penser. Elle se masse les tempes, il tourne en rond en lui-même ; à la tête lourde de reproches ou de satisfaction – il ne pouvait plus lire sur sa figure à ce stade – répond le bras de Bennett autour de la taille d’Emily. Un mal de crâne pour l’une, pensées cryptées pour l’autre ; pesanteur partagée. Equilibres.
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