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 (raphael) thelma + louise

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Maisie Moriarty
Maisie Moriarty
le faux miroir
le faux miroir
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ÂGE : vingt ans (10.02.2001).
SURNOM : son nom fait le travail.
STATUT : célibataire, pas intéressée (sauf par ton chien).
MÉTIER : employée dans un cinéma de quartier, sert le popcorn avant d'aller récurer les toilettes (ou inversement selon la politesse) ; un compte onlyfans où elle vend ses sous-vêtements sales et envoie des photos de ses pieds, parce qu'il n'y a pas de petits profits.
LOGEMENT : #400 carmody road, toowong, pour le plus grand bonheur de sofia & swann (non).
(raphael) thelma + louise 43fe257d0546fb6448c7678342ec50378cb1fe7a
POSTS : 107 POINTS : 95

ORIENTATION SEXUELLE : Ça ne m'intéresse pas.
PETIT PLUS : un frère, trois demi-frères et sœurs, les relations ne sont idéales qu’avec le plus jeune d’entre eux (llewyn, 9 ans) ≈ mouton noir de la famille qui est tombée dans les troubles du comportement alimentaire à l’adolescence et ne s’en est jamais sortie ≈ vierge et peu intéressée à ce que cela change, peu intéressée tout court par l’idée d’être en couple ≈ mère démissionnaire, elle prend de plus en plus en charge son jeune frère ≈ impulsive, immature, elle vit sa crise d’adolescence avec un peu de retard ≈ arrogante, peste, bourrée d’insécurités, douce : un vrai paradoxe.
RPs EN COURS : (raphael) thelma + louise Df13c6b74f05e70279b25fbc75499f0ab130e5ed
llewyn ⊹ there’s no other love like the love for a brother. there’s no other love like the love from a brother.

(raphael) thelma + louise Zx0e
seth ⊹ there is a little boy inside the man who is my brother. oh, how i hated that little boy. and how i loved him too.

(raphael) thelma + louise 1625775936-test
angus & angus #3 ⊹ they may not know each other to say it, but it was never hidden. how much ever they hated each other, fate ties them together.

(12/06 - ok je me suis gérée une semaine)jake (fb 2016)halston (fb)nicky (2019)raphaelmilaoxtormsofiaroryarthur

RPs EN ATTENTE : garret › jordan › swann #2 › jessalyn
RPs TERMINÉS : angus #2 (fb) swann #1

(ab.) quincy (2019)redkyletobias
AVATAR : daisy edgar-jones.
CRÉDITS : walden (ava), lonelywolf (gifs), edwige & wickedwitch (crackships), loonywaltz (ub).
DC : finnley coverdale, alfie maslow & kieran halstead.
INSCRIT LE : 01/07/2021
https://www.30yearsstillyoung.com/t39401- https://www.30yearsstillyoung.com/t39485- https://www.30yearsstillyoung.com/t39505- https://www.30yearsstillyoung.com/t39628-

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Message(#) Sujet: (raphael) thelma + louise (raphael) thelma + louise EmptyJeu 29 Juil - 23:25




@RAPHAEL ELLY & MAISIE MORIARTY ⊹⊹⊹ skipping town, down to Mexico, Lipstick on, in the Thunderbird. Let's roll, Drive right off of the world, Leave your job and your gaslight man. Modern life was a big let-down, We're bored, felt like a brick in the wall.

Ça fait plusieurs semaines (mois ?) que les week-ends ne sont pas à mon avantage. Évidemment, avec mon boulot, j’ai tiré un trait sur ceux-ci il y a bien longtemps ; je l’ai fait en toute connaissance et ça ne me dérange pas. Ce qui me dérange, par contre, c’est la manière dont les rares moments de répit qui me sont accordés durant ceux-ci sont bouleversés par un appel de ma mère, voire même de mon père lorsque celui-ci semble se souvenir de l’existence de ses premiers enfants. Je ne ressors jamais indemne de ceux-ci, parce que mon père me prend beaucoup d’énergie mentale et que ma mère m’en prend physiquement à chaque fois qu’il est question de s’occuper de Llewyn à la dernière minute. J’adore mon frère, mais les moments de tranquillité sont aussi les bienvenues et autant dire que ce week-end, le premier de libre depuis longtemps, me semble amer : je n’arrive pas à me détendre alors que j’attends l’appel de Madelyn qui m’annoncera qu’elle a un date ce soir et que, vraiment, faire garder son enfant dans le coin devient de plus en plus cher, sous-entendu qu’il s’agit d’une dépense futile quand on a une fille prête à dépanner et qui se sent suffisamment redevable pour accepter chaque imprévu de dernière minute, même si cela met un point final à tous les plans qu’elle a pu envisager. Peu importe, au final m'occuper de Llewyn est toujours un plaisir et ça efface la frustration que je peux avoir de ne pas pouvoir sortir avec mes amis ou simplement m’accorder du temps pour moi. La preuve, j’en ai enfin l’occasion et j’ai l’impression qu’il me manque quelque chose, ou plutôt quelqu’un. Je ne suis plus habituée à être seule et c’est un problème, puisqu’il me faut bien plusieurs heures pour enfin me décider à profiter et à faire quelque chose. Des heures qui sont perdues et qui m’obligent à renoncer à la perspective d’un vrai week-end bien organisé ; ce n’est pas bien grave, je marche souvent au coup de tête et celui du jour consiste à rejoindre les Queen Mary Falls, à deux heures d’ici. Le plan est décidé à la dernière minute, mais je crois qu’il y a bien pire comme manière de profiter de son congé.

En un quart d’heure, me voilà à écrire un mot déposé sur le comptoir de la cuisine des fois que mes colocataires s’inquiéteraient de mon absence, à saisir un sac dans lequel je mets quelques affaires au cas où je dors sur place et à fouiller toutes les poches de mes fringues à la recherche de monnaie à ajouter au budget illimité (non c’est faux) des prochaines heures. Une fois en route, le premier arrêt consiste en l’évidence lorsque l’on part en road trip, même pour une poignée d’heures : la bouteille d’eau et les snacks, qui traîneront peut-être dans mon van jusqu’à mon retour, mais qui auront le mérite d’être là en cas de besoin. J’en profite pour racheter une carte de la région car j’ai utilisé la dernière en guise de parapluie de fortune. Je pourrai utiliser mon téléphone pour me guider et si les nouvelles technologies sont omniprésentes dans ma vie, lorsqu’il s’agit de partir avec mon van, je suis ridiculement old school. J’ai besoin de me perdre parce que je ne sais pas lire une carte, j’ai besoin de manger des gâteaux dégueulasses à cause de la chaleur, de suer et d’oublier ma casquette, de prendre des coups de soleil et de m’arrêter à chaque station-service pour emprunter les toilettes ; c’est ma manière de revivre certaines trips qu’on pouvait faire quand notre père faisait encore partie intégrante de notre vie. J’ai besoin de partager ça, aussi, car s’il est appréciable de conduire dans le silence, il est moins appréciable de se retrouver seule avec ses pensées. D’expérience, ce n’est pas pour rien que je suis toujours flanquée avec Llewyn quand je pars plus loin que la ville ; il babille tout seul et il occupe tout l’espace, alors que je ne veux que disparaître de celui-ci. Alors quand, attendant mon tour à la caisse, j’aperçois une silhouette hagarde sur le banc en face de la vitrine que je reconnais entre mille, l’idée fait son chemin dans ma tête, même si pour l’heure elle n’a rien de concrète (et elle ne devrait pas l’être, si j’en crois l’état de nos relations encore trop frais pour se permettre une telle familiarité).

Peu importe, en réalité, alors qu’une fois mes achats dans mon sac à dos, je me dirige d’un pas décidé vers la silhouette, m’en fichant bien d’interrompre quelque chose. « Héééé, m’sieur Elly ! » Je l’interpelle avec un sourire amusé. Nous avons dépassé le stade du vouvoiement il y a déjà un petit moment, principalement parce que je me suis pas vraiment souciée de savoir si ça le dérangeait ou non, du moment que moi, j’étais plus à l’aise avec cette perspective. « Quelle dégaine. » Je constate, sûrement trop directe, alors que je fais glisse mon regard sur lui. Il a l’air... fatigué ? Épuisé ? Agacé ? Pas dans son assiette, ça, c’est une certitude. Je passe sous silence le fait que ça a peut-être à voir avec son récent licenciement – j’en sais rien et c’est un sujet suffisamment sensible pour que je m’abstienne de le pointer volontairement du doigt, ou du moins, plus subtilement. « Tout va bien ? » Un sourire avenant sur le visage, je poursuis. « Je te dépose ? » J’interroge en pointant du menton le van non loin de là, mon regard qui se perd (littéralement) dans le bleu de ses prunelles.




Dernière édition par Maisie Moriarty le Dim 10 Oct - 22:44, édité 1 fois
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Raphael Elly
Raphael Elly
la crise identitaire
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ÂGE : Vingt-neuf ans mais coincé dans le corps d'un adolescent qui en a pas profité assez. 11 décembre 1992.
SURNOM : Raph, Rafi pour ceux qui aiment les surnoms qui se terminent avec une voyelle.
STATUT : Il pensait que l'amour était un bon sentiment mais il se remet à douter de plus en plus.
MÉTIER : Chorégraphe, danseur, mannequin (quoi ???) pour Weatherton, jusqu'à la fin du contrat.
LOGEMENT : 178 oxlade drive (fv) - Contraint à emménager avec Kieran à cause de la perte de son emploi, il passe maintenant vingt heures par jour à le fuir. C'est pas si mal de dîner dans sa chambre.
(raphael) thelma + louise 49e72d7459e8d9161a7e87804bd6baf5ac063492
POSTS : 3747 POINTS : 0

GENRE : Je suis un homme
ORIENTATION SEXUELLE : Ça ne m'intéresse pas.
PETIT PLUS : Artiste dans l’âme mais perdu à l’extérieur • ne danse que très rarement devant un public et prétend avoir envie d’une carrière internationale • élevé par deux pères trop peu sévères qui lui ont permis de faire tout ce qu’il désirait • impulsif et compétitif, c’est assez facile de réveiller le brasier en lui • gay refoulé en admiration devant les femmes • style vestimentaire très aléatoire, prône les couleurs par-dessus tout • socialement handicapé, un malaise sur deux jambes.
RPs EN COURS : (raphael) thelma + louise Rdm0
HALLY [7] • Feeling dizzy.

(raphael) thelma + louise T61e
Billy [2] • It's like I was missing something.

Ana&Kiki - Jean [2] - James [2] - Maisie - Ivy [2] - Jess [2] - Cameron [FB]
RPs TERMINÉS : Mirael - Dianael - Swann [lettres FB] - Swann [2] - Ginny [2][FB] - Rady - Rady [2] - Laoise - Adèle - Jess - Mirael [2] - Hally - Hally [2][FB] - Adelina - Sage - Max - Ellie - Rady [3][FB] - Danika - Dianael [2] - Swann [2] - Gafi - Penny - Hally [3] - Rady [4] - Channing - Hally [4] - Jean - Rory - Hally [5] - James - Billy [1] - Ivy - Hally [6]

AVATAR : George Mackay.
CRÉDITS : Orion pour la signa - Jess pour le gif ♥
DC : Jo le raton et Archie le varan.
PSEUDO : Mapartche.
INSCRIT LE : 06/03/2020
https://www.30yearsstillyoung.com/t29466-dancing-my-way-in-raph https://www.30yearsstillyoung.com/t29501-five-little-steps-raphael#1291750 https://www.30yearsstillyoung.com/t29500-raphael-elly https://www.30yearsstillyoung.com/t32279-raphael-elly

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Message(#) Sujet: Re: (raphael) thelma + louise (raphael) thelma + louise EmptyMar 10 Aoû - 19:16


Il était seul sur la plage. Il avait pris soin de se lever assez tôt (10h, ne lui demandez pas de faire mieux) pour quitter l’appartement sans un bruit. Il n’avait pas jeté de regard à travers la porte entrouverte de la chambre de Kieran. Il n’avait pas eu envie de savoir s’il était là. En se servant un café, il avait vérifié que les piles dans sa radio fonctionnaient toujours. Il avait rapidement constaté que la musique grinçait alors il avait pris soin d’ouvrir un nouveau paquet de batteries neuves qu’il avait soigneusement placé dans les fentes de l’appareil. Un léger sourire satisfait avait soulevé la commissure de ses lèvres quand il avait entendu à la perfection la chanson thème de son film préféré, Billy Elliot. Il fermait les paupières et revoyait cette danse improvisée que faisait le fils devant son père et il se sentait bercé un moment ; jusqu’à ce qu’il rouvre les yeux pour croiser le regard de son colocataire. Il trempait ses lèvres dans sa tasse et saluait Kieran d’un signe de la tête. Il avait les cheveux en bataille, la mine fatiguée et le pas mou. Il lui avait proposé une tasse de caféine et avait fui l’appartement en compagnie de seulement sa radio. Il n’avait pas dit où il allait parce que lui-même ne connaissait pas la destination de sa fugue.

Les mouettes croassaient tout près de son oreille. Il tentait de les faire s’envoler d’un geste brusque de la main mais les oiseaux ne cessaient de l’épier, à la recherche de nourriture. Il n’avait rien sur lui, pas même une barre tendre ou un paquet de petites carottes, sa collation signature. Il relevait la tête et observait les alentours. Il ne voyait personne ; seulement quelques minuscules silhouettes qui fendaient l’horizon à plus d’un kilomètre d’ici. À cette distance, il ne distinguait pas les baigneurs des surfeurs. Alors il se levait sur ses pieds, étirait ses muscles endoloris par l’immobilité et se penchait dans le seul but d’appuyer sur le bouton start de sa radio. La musique s’élevait d’abord en un grincement subtil, mais elle prenait bien rapidement de l’ampleur. Le garçon fermait encore une fois les paupières et, cette fois-ci, l’odeur de la mer l’accompagnait dans ses rêves. Il laissait ses bras se lever à l’horizontale, de part et d’autre de son torse mais, juste avant qu’il ne tente un premier pas de danse, il se refermait sur lui-même dans un soupir douloureux. Il ne s’était jamais senti aussi vide. Il avait songé à plusieurs reprises à faire appel à un professionnel parce qu’il n’était pas si idiot. Il avait lié A et B et avait conclu qu’un psychologue pourrait lui être d’une grande aide mais il avait longuement louché sur les prix d’une seule session. Même s’il avait trouvé un nouvel emploi temporaire chez Weatherton, il ne pouvait pas encore se permettre de verser la moitié de son salaire dans la poche d’une personne qu’il ne connait même pas. Et s’il se trompait de psychologue ? Et s’il tombait entre les mains d’un homme ou d’une femme qui ne le comprendrait pas, qui ferait semblant de noter des choses sans jamais que la complicité ne naisse ? Il n’était pas prêt à faire le premier pas.

Alors il se tenait droit, face à l’océan profond, et n’arrivait pas à détacher la ligne de l’eau de celle du ciel. Un épais brouillard s’était installé au bout de la planète. Aucun paquebot ne le traversait. Raphael se disait que lui-même ne tenterait pas de se perdre là-bas. Il aurait peur de ne plus jamais trouver le chemin de la terre ferme.

Radio coincée entre son tronc et son bras, il retrouvait le petit trajet de pierres qui l’avait mené jusqu’à ce coin isolé de la plage. Une dizaine de minutes plus tard, il prenait soin de retirer ses chaussures pour déverser le sable qui s’était accumulé en-dessous de ses pieds. Il ne sentait toujours pas la faim faire gronder son estomac mais son regard captait une petite épicerie dans laquelle il se présentait sans grande conviction. Il ressortait de là avec un sachet d’arachides salées et il s’installait sur un banc près de quelques buissons accueillants. Il déchirait délicatement l’emballage en plastique et coinçait une petite noix entre ses dents. Il ne la croquait pas. « Héééé, m’sieur Elly ! » Surpris, il relevait la tête et ses paupières se plissaient à cause du soleil aveuglant. Il positionnait sa main sur son front pour se protéger la vue. Il reconnaissait finalement la grande sœur d’un de ses anciens élèves. Il esquissait un sourire pour la saluer. « Quelle dégaine. » Ça se voyait tant que ça qu’il n’était pas dans son assiette ? « Merci pour le compliment. » Il répondait d’un ton ironique, sans abandonner son sourire sympathique. Il n’était pas en état de discuter mais il n’avait pas le courage de le préciser. Il a toujours été un gentil garçon. « Tu as l’air… Enjouée. » Il ajoutait, bien qu’il n’était pas réellement surpris de constater pour la vingtième fois que Maisie était dotée d’un entrain inné. Il ne l’avait jamais vu faire la gueule. « Tout va bien ? » Il valait mieux mentir. « Ouais, super, et toi ? » L’arachide roulait encore en-dessous de sa langue. Il n’arrivait décidemment pas à l’avaler. La jeune femme lui proposait de le conduire là où il allait. Seul problème : maintenant qu’il avait essayé de se dégourdir les jambes sur la plage, il n’avait plus aucune destination derrière la tête. Il pourrait retourner à l’appartement et s’étendre devant la télévision mais il craignait de tomber à nouveau sur Kieran et son inaccessibilité. « Je n’ai nulle part où aller. » Il haussait les épaules, la voix légèrement timide, alors qu’il serrait sa radio près de lui comme s’il craignait qu’on lui arrache des mains. « Il est vraiment à toi ce van ? » Il l’interrogeait, plutôt curieux, lui qui avait toujours adoré les vieux trucs, les appareils vintages, les objets qui n’ont ni Bluetooth, ni réseau. Le t-shirt qu’il portait à cet instant-même criait les années 80 jusqu’à l’autre bout de la rue, d’ailleurs.          

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— The dilemma —

every time he took one step forward, he took two backward.

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Message(#) Sujet: Re: (raphael) thelma + louise (raphael) thelma + louise EmptyMer 1 Sep - 20:20



Quand Llewyn m’avait annoncé que Raphael ne donnerait plus de cours de danse, je ne sais pas lequel d’entre nous a été le plus peiné par la nouvelle. Je crois que je l’ai été plus que Lee, qui aimait la danse sans en faire une passion. Disons que de toutes les choses qu’on lui fait essayer avec ma mère jusqu’à ce qu’il trouve un intérêt pour quelque chose, c’est certainement l’activité qui lui a le moins déplu. De là à dire que c’était le coup de cœur, je n’en suis pas certaine. Le problème, c’est que le coup de cœur, c’est moi qui l’ai eu pour son professeur. Inutile de l’ignorer ou de prétendre que ce n’est pas le cas, il n’y a qu’à voir la manière dont je peine à détacher mon regard de ses yeux (vraiment, osez me dire qu’ils ne sont pas magnifiques). Je ne me meurs pas d’amour pour lui, non, mais bon sang, qu’est-ce qu’il est beau avec ses cheveux en bataille et sa timidité qui donne furieusement envie de lui faire découvrir le monde. Je ferme les yeux un instant et ravale ma salive pour me concentrer sur lui (non, pardon, pour éviter de trop me concentrer sur lui), alors que mon sourire avenant contraste avec le compliment dont je l’ai gratifié. Bon, bon, je sais que ce n’en était pas vraiment un, mais c’est toujours mieux qu’un « t’as l’air fatigué » qui vise à prendre des pincettes pour dire la même chose ; autant être franche et tant pis si ça lui déplait. Moi, je le trouve charmant même avec une dégaine digne d’un occupant de la morgue, alors oui, peut-être que j’ai été extrême dans mes propos parce que dans le fond, sa dégaine est bien. Très bien, même. « Merci pour le compliment. » J’affiche un sourire plus large encore alors que je souligne : « j’en ai d’autres en stock, si tu veux ? » avant de réaliser ce que je viens de dire. Il était clairement ironique et moi, je m’enfonce. Je l’ai critiqué et voilà que je m’humilie encore un peu plus devant lui ; non, non, j’aurais dû m’excuser, lui dire que je ne le pensais pas vraiment (pas du tout même), mais certainement pas enfoncer le clou et m’enfoncer par la même occasion. Je sens le rouge qui me monte aux joues et je baisse la tête, encore plus quand il semble me... complimenter ? « Tu as l’air… Enjouée. » Non, ce n’en est pas un, il se contente d’énoncer un fait comme je l’ai fait, il n’y a rien d’autres à y voir. « Ouais, super, et toi ? » J’émets une moue, ne sachant quoi lui répondre parce qu’un « oui » conclurait la conversation et un « non » la rendrait pénible. « Top, la forme. » Qui dit ça à vingt ans ??? Je me mords la lèvre et ferme les yeux un instant, je me maudis de m’être approchée de lui, j’aurais dû le savoir que je me décomposerais sur place, les nombreuses fois où j’ai insisté pour venir chercher Lee après son cours aurait dû me servir de leçon. Je perds mes mots et mes moyens, ça n’arrive pas souvent et avec Raphael, je rattrape toutes les fois où je fais preuve de trop d’assurance auprès des autres. Je suis ridicule. Je suis ridicule, mais je n’ai pas pour autant envie de partir, en fait, alors que la perspective de le revoir et d’échanger plus que les sympathies d’usage s’offrent à moi.

Cette envie prend la forme d’une proposition visant à l’arranger même si, dans le fond, je crois que c’est surtout moi que ça arrange. Non, j’en suis sûre, alors que je le supplie presque du regard d’accepter. Pourtant la réponse n’est pas celle que j’espérais. « Je n’ai nulle part où aller. » Ses réponses sont courtes et n’invitent pas au dialogue, je devrais comprendre que je ne suis pas la bienvenue, mais ça ne m’arrête pas. Je reconnais que je suis biaisée, mais finalement je n’ai pas totalement menti, ses traits étaient tirés et je pense que ça lui ferait du bien de se changer les idées. Et pour ça, c’est toujours mieux à deux, encore plus si c’est avec moi, hein. « Ça tombe bien, c’est là-bas que je vais ! » Je m’exclame avec un large sourire, ne mentionnant pas que le « nulle part » en question se nomme les « Queen Mary Falls » et sont situées à deux heures d’ici. Il aura le temps de le comprendre s’il monte dans mon van. Parlant de ça... « Il est vraiment à toi ce van ? » Il a l’air intéressé et moi, je ne peux plus me défaire de mon sourire. « Ouais ! Du coup, ta radio va nous être bien utile. » Je souligne, comme si c’était déjà acté qu’il allait me suivre (je crois que je ne lui laisse pas vraiment le choix, en fait). Je ne précise pas que c’était un achat impulsif à l’origine de mes dettes et qu’il m’arrive de le regrette parfois (souvent), ça enlèverait beaucoup de glamour à une histoire qui a besoin de l’être à cet instant, aux yeux de Raphael. « Oh, allez, dis-moi que t’as mieux à faire peut-être ? » J’interroge avec un regard doux et une moue sur le visage – je vais l’avoir à la pitié à défaut du charme. « Et puis, Lee réclame de tes nouvelles, c’est l’occasion d’en prendre. » Je passe à la corde sensible, il ne va pas résister, n’est-ce pas ?

@Raphael Elly :l:


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Message(#) Sujet: Re: (raphael) thelma + louise (raphael) thelma + louise EmptyLun 6 Sep - 6:27


Raphael n’avait pas beaucoup eu la chance de discuter avec Maisie. Ils s’étaient vus quelques fois lorsqu’elle venait chercher son frère à la fin des pratiques de danse mais ils ne s’échangeaient pas beaucoup de mots. Des banalités à base de température, de l’évolution de Llewyn, si progrès il y avait eu ou pas : le genre de discussion auxquelles s’était toujours habitué Raphael quand venait le temps de clôturer un cours. Il avait toujours été très discret devant les parents et, s’il avait reconnu le visage de la jeune femme parmi les autres, c’était justement parce qu’elle n’en était pas un. À de nombreuses remises, il s’était mis à imaginer des hypothèses pour tenter de déceler le mystère derrière les parents de Llewyn mais il n’avait jamais posé la question. Après tout, ce n’était pas de ses oignons.

Parce qu’il n’avait pas vraiment l’impression de partager une amitié avec Maisie, il se retrouvait légèrement hébété quand cette dernière l’approchait comme s’ils se côtoyaient depuis la nuit des temps. Il l’observait silencieusement tandis qu’elle se dandinait de manière familière devant lui. Il redressait machinalement sa posture pour ne pas se sentir minuscule. « j’en ai d’autres en stock, si tu veux ? » La ligne de sa bouche s’étirait à l’horizontale et il hésitait un moment avant de répondre en haussant les épaules : « Pourquoi pas ? Je suis curieux. » Que pourrait-elle complimenter à son tour ? Les deux cernes violacés sous ses yeux creusés ? Sa tignasse écrasée par la chaleur sur le dessus de son crâne ? Les centaines de petites taches rouges sur ses poignets qui le ramenaient à l’adolescence, lorsque les crises s’eczéma se multipliaient pour le prévenir d’un surplus d’anxiété ? Maisie avait amplement le choix.

Un mensonge plus tard, c’était à son tour de prendre le minimum de nouvelles de la jeune femme. « Top, la forme. » Elle avait hésité quelques secondes et le détail ne lui avait pas échappé. Les lèvres pincées, Raphael se mettait à analyser Maisie de bas en haut pour mieux constater sa gêne. Elle ressemblait à une enfant en punition dans le bureau du directeur. La vision l’amusait et il émettait une sorte de ricanement inconfortable avant de conclure : « Tant mieux. » Inutile de prolonger le malaise palpable. Le jeune homme aurait pensé que la discussion se serait terminée de cette façon, et qu’il aurait pu retourner à ses malheurs, mais il se faisait bientôt offrir une proposition des plus déroutantes. Il aurait accepté de se faire conduire quelque part, seulement, il n’avait aucune destination derrière la tête. La journée était à peine entamée qu’il ne savait plus comment l’organiser. « Ça tombe bien, c’est là-bas que je vais ! » Il haussait les sourcils pour présenter deux yeux gros comme des soucoupes. L’hésitation se lisait dans ses traits étirés tandis qu’il désignait le vieux van cabossé qui faisait tache dans le parking du marché. Le modèle attirait visiblement son attention et son cœur de vieillard s’illuminait de tous feux tandis qu’il imaginait l’emménagement intérieur du véhicule rouillé. Il s’agissait peut-être d’une minuscule maison, le genre d’habitation que les voyageurs conduisent n’importe où dans le monde comme le font les tortues et la carapace sur leur dos. « Ouais ! Du coup, ta radio va nous être bien utile. » Il détachait enfin ses yeux intéressés de la carrosserie bosselée et les reposait dans ceux de Maisie. « Aucune chaîne, aucun Bluetooth ? » Il demandait, sans attendre sa confirmation avant de rêvasser à nouveau en imaginant l’odeur de poussière qui régnait certainement dans l’habitable. S’il semblait déjà vendu, il ne pouvait s’empêcher d’hésiter encore un peu. « Oh, allez, dis-moi que t’as mieux à faire peut-être ? » La petite voix dans sa tête lui criait d’accepter l’offre et de laisser tomber sa retenue pour une fois. Il la combattait encore un peu en grattant inconsciemment son poignet. Comme tout bon introverti, il se mettait à imaginer les pires scénarios. Et si le courant ne passait pas entre eux ? Et s’il n’arrivait pas à alimenter les discussions, tétanisé à l’idée de faire la moindre faute ? Il la condamnerait à une balade sponsorisée par le silence. Elle ne viendrait plus jamais lui adresser la parole. « Et puis, Lee réclame de tes nouvelles, c’est l’occasion d’en prendre. » Voilà un bon point d’ancrage. « Bon, d’accord. Je n’ai rien de mieux à faire, tu as raison. » Il froissait son sachet d’arachides et le glissait dans la poche de son pantalon en se promettant de ne pas l’oublier avant de le passer à la machine à laver. « Mais j’avoue que j’étais convaincu dès le moment où tu as confirmé qu’il s’agissait bien de ton van. » Il la suivait jusqu’à l’automobile en question et collait son nez sur la vitre du côté passager en attendant que la jeune femme déverrouille les portières. Quelques déchets, qu’il poussera du bout du pied, jonchaient le sol. Bientôt, il s’installait sur le siège en cuir abimé et il laissait ses yeux partir à la découverte de l’arrière. L’endroit était minuscule mais il pouvait déjà voir un comptoir, un tout petit lavabo, quelques armoires sur les parois, un lit replié en canapé dans le fond. Exactement le genre de van qu’il s’était imaginé. Il posait soigneusement sa radio sur ses genoux en attendant que Maisie s’installe derrière le volant. « Alors, Lee. » Le contact qu’ils ont en commun. « Il danse encore ? Je ne sais même pas s’ils ont engagé un autre professeur pour relancer le programme. Je suis parti tellement vite, j’espère qu’ils ont pu rapidement me remplacer. » Il bafouillait, passant continuellement sa main dans ses cheveux pour replacer toutes les mèches rebelles, pour soigner son apparence du mieux qu’il le peut, parce qu’il n’est pas en présence du seul devant lequel il arrête de trop penser. Il devrait justement arrêter de penser à lui. « Au fait, ça ne me dérange pas si tu me kidnappes, je pense que j’ai besoin de vacances. » Qu’elle le conduise jusqu’au bout du monde avec ce van qui couine afin qu’il oublie pendant un moment qui il est.    

@Maisie Moriarty sorry j'ai pas fait dans l'ordre, l'envie de répondre à celui-ci m'a pris comme une envie de pisser :rainbow:



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Maisie Moriarty
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Message(#) Sujet: Re: (raphael) thelma + louise (raphael) thelma + louise EmptyDim 10 Oct - 22:51



Il y a une multitude de raisons pour lesquelles il est stupide de ma part de l’avoir abordé, à commencer par le fait que… nous ne sommes pas amis. Ça semble l’évidence, maintenant que mon assurance est remplacée par un malaise perceptible : je ne sais pas comment m’y prendre. J’ai sauté sur l’occasion de lui parler, sans prendre le temps de réfléchir à quoi lui dire. La vérité, c’est que je n’en sais rien. Ou plutôt, que je sais très exactement tout ce qui m’intéresse le concernant : est-ce qu’il est célibataire ? Est-ce qu’il m’aime bien ? Qu’est-ce qu’il fait dans la vie, en plus de la danse ? Comment cela est devenu sa passion ? Est-ce qu’il a déjà gagné des concours ? Est-ce qu’il voulait devenir l’un de ceux qui accompagnent les plus grandes stars (Beyoncé, pour ne pas la citer) sur scène en parcourant le monde dans l’ombre, mais en vivant des expériences comme d’autres n’en vivront jamais ? Je pourrais continuer des heures tant le sujet (Raphael) me passionne. J’aimerais tout savoir sur lui, j’aimerais savoir qui il est en dehors du professeur timide de Llewyn. J’aimerais savoir pourquoi il est aussi timide, d’ailleurs et si quelqu’un a déjà essayé de percer sa coquille, si ça lui a plu ou s’il voudrait que quelqu’un le fasse. J’ai mille choses à dire et pourtant rien qui ne sort d’entre mes lèvres, malaisée et malaisante avec mon regard qui ne cesse de fixer ses (si belles) prunelles. Je me reprends avec difficulté, c’est le cas de le dire, alors que je viens de pointer du doigt un aspect négatif le concernant (alors que je ne vois que du positif) et que je lui propose de continuer sur cette belle voie. Tu m’étonnes que je ne rencontre personne et parfois je me demande si Leith n’a pas confondu la pitié et l’intérêt du temps où nous nous fréquentions (c’est probable, ça expliquerait sa bienveillance et sa compréhension exemplaires). « Pourquoi pas ? Je suis curieux. » Je n’arrive même pas à me réjouir d’avoir appris quelque chose sur lui que mon cerveau se met en alerte ; non, non, non, Raphael, ce n’est pas ce que tu devais dire. Je le remercie silencieusement de ne pas m’avoir enfoncé et considéré comme une idiote pour ma répartie chancelante, mais je le maudis d’en demander des apports : je suis trop franche et obéissante, ce qui implique de vouloir le satisfaire autant que (probablement) le peiner. « T’as l’énergie d’un condamné à mort en salle d’exécution. » Quoi que, en fonction de l’avancée de ladite exécution, la question de l’énergie est toute relative. « T’es la parfaite illustration d’une pub pour les somnifères ? » Je continue, hésitante, alors que je n’arrive pas à m’arrêter malgré cette voix qui me hurle de le faire. Qu’est-ce que je fous ? « Ou tu pourrais être l’égérie… » D’un anticerne, mais je finis – enfin – par me taire. « Enfin, t’as saisi. » J’ajoute avec un léger rire, ma volonté de balancer le négatif par le positif enfin dominante, même si, comme toujours, je devrais apprendre à me taire : « Mais bon, moi, j’aime bien. » Je devrais vraiment apprendre à me taire.

Alors évidemment que je lui offre une réponse ridicule quand la question m’est retournée, évidemment que j’ai envie de mourir sur place et évidemment que mes joues sont roses. « Tant mieux. » Il ricane, pourtant, le Elly et j’y vois le fait qu’il a saisi l’opportunité pour se moquer (doucement) de moi. Il a raison, après tout, il aurait été bête de s’en priver et même dans sa moquerie il reste charmant, parce qu’il ne verbalise aucune attaque et se contente de m’offrir la douce mélodie de son rire. C’est suffisant pour que j’en oublie toute ma gêne, ou plutôt, que je saute à pieds joints dedans. Je peine déjà à affronter son regard, à trouver quoi lui dire, alors évidemment que je vais lui proposer de passer encore un peu plus de temps avec moi, ce serait bien que je ne m’arrête pas là, n’est-ce pas ? Il ne sait pas où il veut aller, et je vais l’y emmener sans sourciller, avec un plaisir que je peine à dissimuler quand je commence à comprendre que la proposition lui semble envisageable. « Aucune chaîne, aucun Bluetooth ? » « J’ai un autoradio qui mange les cassettes une fois sur deux. » Je précise, en haussant les épaules d’un air las. J’ai appris à m’en sortir avec un peu de précision et un crayon qui traîne par-là, mais ce n’est pas toujours aisé et je crois qu’à force d’entendre la même vieille cassette d’Elvis, je ne suis pas contre le fait que cet appareil ne marche pas. « Si j’ai de la batterie, je mets de la musique sur mon téléphone, mais c’est pas... c’est pas la même chose. » J’avoue, un peu gênée de reconnaître mes habitudes de vieille routarde alors que j’ai le permis depuis à peine deux ans et ce van depuis moitié moins de temps (première voiture, achat impulsif, blabla, tout ça). Je suis toute aussi gênée par le fait que cette voiture ne respire pas le roadtrip le plus simple et que le seul fait qu’il y ait un lit et un évier semble souligner qu’il est réellement pris au piège et que ce n’est pas juste un voyage entre amis (on le devient, s’il accepte, n’est-ce pas ?). Mes yeux divaguent sur son poignet qu’il gratte frénétiquement et la manière dont j’aimerais poser ma main sur ses doigts pour l’en empêcher (et évaluer la douceur de sa peau, non, j’ai pas le droit de penser ça, non, non). Le dernier argument est plus convainquant que ma présence et si ce n’est pas très agréable comme constat, le fait est que je ne peux jamais en vouloir à Lee, jamais, jamais. « Bon, d’accord. Je n’ai rien de mieux à faire, tu as raison. » Ma cage thoracique s’emplit soudainement d’oxygène alors que mon sourire pourrait aller d’une oreille à l’autre si je n’essayais pas de rester naturelle et non pas de lui offrir ma plus belle imitation du joker. Mais il a accepté, bon sang ! ... Mais il a accepté, merde, merde. Je dois assurer, désormais, je dois m’assurer qu’il n’y ait aucun silence gênant et que je cesse de me ridiculiser. Il a accepté et je suis foutue, c’est certain. « Très bonne décision. » Que je glisse avec une assurance évidemment feinte. « Mais j’avoue que j’étais convaincu dès le moment où tu as confirmé qu’il s’agissait bien de ton van. » Il était convaincu avant que j’évoque Lee, son ancien élève. Il était convaincu par mon van, soit, mais c’est MON van, c’est une part de moi, et ça revient à avoir été convaincu par moi, n’est-ce pas ? « C’est vrai ? Il te fait pas peur ? » J’ai la prétention de croire que je conduis bien, mais je ne peux rien par rapport au fait que ce van est une occasion et qu’il a les problèmes qui vont avec, à commencer par le plus important : l’incertitude d’arriver à destination. Qui, dans ce cas précis, est une perspective plutôt réjouissante si ça implique d’être coincée avec Raphael.

Je vois son regard curieux qui glisse sur l’habitacle et j’ai presque envie de réitérer ma question avant de me raviser ; je ne veux pas lui donner l’opportunité de changer d’avis (même si je ne le retiendrais pas prisonnier, voyons). « Alors, Lee. » Ce n’est que quand il reprend la parole que je m’autorise à envisager d’en faire de même pour ne pas déranger son inspection des lieux. « Il danse encore ? Je ne sais même pas s’ils ont engagé un autre professeur pour relancer le programme. Je suis parti tellement vite, j’espère qu’ils ont pu rapidement me remplacer. » Arrête de passer ta main dans tes cheveux, Raphael, parce que ça me donne envie d’en faire de même. Je secoue légèrement la tête et me ressaisit, songeant à sa question qui pourrait presque être un piège. Est-ce qu’il veut des détails qu’il n’obtient pas par autrui ? « Plus vraiment, non. » J’admets, un peu peinée, parce que c’est quelque chose que Lee semblait apprécier et auquel il a désormais renoncé. « Je crois que le nouveau prof est un peu trop autoritaire et rigide pour leur laisser l’occasion d’être des enfants qui apprennent en s’amusant. » Et pas des professionnels qui ont des années d’expérience, qui ne sont là que pour apprendre sans s’autoriser le moindre écart de spontanéité. « Donc, non, Lee n’a pas voulu renouveler  le semestre après que tu sois parti. » Quelques cours avec le nouveau l’ont persuadé de faire autre chose, à mon plus regret. « Mais je t’avoue que j’en sais pas plus... je peux toujours me renseigner sur ton remplaçant, si tu veux. » Je propose, lui adressant un clin d’œil alors que je l’oublie enfin, lui et ses cheveux, pour me concentrer sur la route que j’aurais déjà dû prendre depuis plusieurs minutes. « Au fait, ça ne me dérange pas si tu me kidnappes, je pense que j’ai besoin de vacances. » « C’est vrai ?! » Mes yeux s’illuminent quand je l’observe un bref instant avant de revenir sur la route, parce que l’idée n’est justement pas de mourir aujourd’hui ou, du moins, pas à cause d’un accident. Une crise cardiaque due à la proximité, c’est une autre histoire, par contre. « Je veux dire, ça tombe bien. Je dois t’avouer un truc... » Je laisse planer le suspense un instant, profitant d’un feu rouge pour planter mon regard faussement mystérieux dans le sien (juste pour le suspense, on a dit). « J’ai une destination en tête. » Et ce n’est pas nulle part. « Les Queen Mary Falls. C’est à deux heures d’ici. » J’annonce, un peu moins enjouée, des fois qu’il serait soudainement peu envieux à me suivre. « Tu peux profiter du feu rouge pour sortir, si c’est trop loin. » Ou qu’il n’en a plus envie, même si je ne veux pas y songer. « Tu peux mettre de la musique, si ça te convient. » J’ajoute en désignant sa radio. « Ou tu peux proposer une autre destination, si tu as tant besoin de vacances. » Je ne le précise pas, mais sa route sera la mienne, même si c’est à des centaines de kilomètres d’ici.

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Raphael Elly
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la crise identitaire
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ÂGE : Vingt-neuf ans mais coincé dans le corps d'un adolescent qui en a pas profité assez. 11 décembre 1992.
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MÉTIER : Chorégraphe, danseur, mannequin (quoi ???) pour Weatherton, jusqu'à la fin du contrat.
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GENRE : Je suis un homme
ORIENTATION SEXUELLE : Ça ne m'intéresse pas.
PETIT PLUS : Artiste dans l’âme mais perdu à l’extérieur • ne danse que très rarement devant un public et prétend avoir envie d’une carrière internationale • élevé par deux pères trop peu sévères qui lui ont permis de faire tout ce qu’il désirait • impulsif et compétitif, c’est assez facile de réveiller le brasier en lui • gay refoulé en admiration devant les femmes • style vestimentaire très aléatoire, prône les couleurs par-dessus tout • socialement handicapé, un malaise sur deux jambes.
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Message(#) Sujet: Re: (raphael) thelma + louise (raphael) thelma + louise EmptyDim 24 Oct - 23:34


Ses chaussures pourraient prendre feu, Raphael ne serait même pas étonné maintenant que Maisie se met à énoncer un tas de faits plutôt dégradants à son encontre. En fait, il ne s’attendait pas du tout à ce qu’elle réalise le défi de cette façon. Il espérait qu’elle baisse les yeux et qu’elle décide de ne pas se laisser aller à toute cette poésie (parce que c’en est) mais il fallait croire que la jeune femme ne possédait aucune limite. Elle sautait à pieds joints et réfléchissait après avoir acté. Heureusement, avec Raphael, elle ne pouvait pas se casser les jambes en tombant trop lourdement. Il ne pourrait jamais lever le ton ou s’offusquer ouvertement. Même s’il se faisait comparer à un condamné à mort, ou à une publicité pour les somnifères, ou à l’égérie de… enfin, il avait saisi. Sourire serré et forcé sur les lèvres, il hochait de la tête en priant pour que ce supplice de malaise prenne fin le plus rapidement possible. « Mais bon, moi, j’aime bien. » Seulement maintenant il levait les yeux pour observer Maisie. L’incompréhension se lisait dans ses perles bleues mais il brisait rapidement le silence pour ne pas la laisser baigner seule dans sa mer d’embarras. Après tout, elle disait ça seulement pour lui faire plaisir, elle ne le pensait pas vraiment. « Tu fais du théâtre ? Tu as trouvé toutes ces idées rapidement, je suis impressionné. » Et il l’était vraiment. Il valait mieux penser à son talent en improvisation qu’à la description qu’elle avait faite de lui.

Il aurait peut-être décidé de lui fausser compagnie en prétextant avoir autre chose à faire mais Maisie arrivait à capter son attention juste avant que tous les espoirs ne disparaissent avec la prochaine bourrasque de vent. Le van parqué à une vingtaine de mètres derrière eux semble complètement bancal et c’est ce qui lui plaisait le plus. Une voiture figée dans le temps, un endroit où la modernité n’a pas encore frappé et là où les réseaux sociaux, les téléphones et la technologie ravageuse ne règne pas. « J’ai un autoradio qui mange les cassettes une fois sur deux. » Raphael était probablement la seule personne en vie qui réagirait positivement à ce détail. Son sourire se faisait plus honnête au fur et à mesure que la jeune femme détaillait ses habitudes de vie, similaires à celle du danseur lui aussi figé dans le temps. « Si j’ai de la batterie, je mets de la musique sur mon téléphone, mais c’est pas... c’est pas la même chose. » Aussitôt, il plongeait sa main dans sa poche pour en sortir son vieux téléphone démodé. Un bidule pliant datant du début des années 2000 qui ne peut même pas accueillir de musique. Il le montrait fièrement à Maisie, surtout les quelques autocollants de licornes qui le parsemaient. « Je te présente mon fidèle compagnon. Je l’ai récupéré dans une vente de garage, je pense qu’il appartenait à une fille de douze ou treize ans, pas plus. Je n’ai pas osé retirer les autocollants pour pas le dénaturer. » Il admet en touchant du doigt l’une des licornes qui menace à tout moment de se décoller d’elle-même. « Il prend des photos étonnamment pas si… terribles. » Qualité vieux téléphone, quoi. Trois ou quatre pixels brisés, des bouches qui s’étirent au moindre mouvement, des spots blancs purs là où il y a trop de lumière. Quelques apparitions de fantômes à gauche et à droite, la routine. Il avait récupéré cet engin incroyable lorsqu’il avait supprimé son Instagram. Il en avait eu marre de perdre trop de temps sur les réseaux sociaux.  Alors il ne pouvait qu’apprécier la perspective de faire une petite balade dans un van comme celui de Maisie. Avec un peu de chance, il pourrait peut-être arrêter de penser le temps d’une virée. « C’est vrai ? Il te fait pas peur ? » Raphael avait peur de bien des choses, mais pas de l’idée de s’enfuir. « Tu as tes deux jambes et tes deux bras. Ça veut dire que tu n’as pas encore fait d’accidents. Et que nous nous en sortirons en vie tous les deux. » Il haussait finalement les épaules en rangeant son téléphone dans sa poche et en serrant sa radio contre lui pour se lever. « Ma radio ne mange pas les cassettes, si ça t’intéresse. » Il proposait en la suivant jusqu’à l’embarcation de luxe. Avec des yeux passionnés, il explorait bientôt tous ses détails en même temps d’attacher sa ceinture. Ses doigts se mettaient naturellement à danser sur sa radio tandis qu’il cherchait un sujet de conversation. Il craignait peut-être que Maisie se permette encore de le comparer à un zombie. « Je crois que le nouveau prof est un peu trop autoritaire et rigide pour leur laisser l’occasion d’être des enfants qui apprennent en s’amusant. » Ses lèvres se pinçaient et la frustration lui colorait un peu les joues tandis qu’il imaginait tous les enfants qui ont préféré se désinscrire plutôt que d’endurer un professeur qui ne les comprenait pas – sans prétentions. La déception se lisait sur son visage quand il apprenait que Lee avait décidé d’abandonner la danse. Il aimait tellement ça. Son sourire était toujours lumineux, même quand il trébuchait parce qu’il avait mal noué ses lacets. « Mais je t’avoue que j’en sais pas plus... je peux toujours me renseigner sur ton remplaçant, si tu veux. » Il secouait vivement la tête avant même de réfléchir. « Je pense que ça me ferait plus de tort que de bien. Quand il perdra tous ses élèves, l’école pensera peut-être à me rappeler. » Dans un monde parfait, oui. Et dans un monde où il n’était pas arrivé quarante minutes en retard à cause de Kieran. L’idée de proposer des cours privés lui avait traversé l’esprit soudainement mais avait disparu tout aussi rapidement. Il n’était certainement pas assez professionnel pour ça.

« C’est vrai ?! » Son enthousiasme le surprenait. Il ouvrait les yeux grands comme des ballons de volleyball. « Je veux dire, ça tombe bien. Je dois t’avouer un truc... » Cette fois, il fronçait les sourcils, craintif. Il apprenait par la suite que la destination était à deux heures de Brisbane et, étrangement, il en sentait pas vraiment d’émotions le traverser. Il n’avait rien à faire aujourd’hui alors l’idée ne le déplaisait pas. « Tu peux profiter du feu rouge pour sortir, si c’est trop loin. Tu peux mettre de la musique, si ça te convient. Ou tu peux proposer une autre destination, si tu as tant besoin de vacances. » Pourquoi pensait-il à l’endroit où il avait embrassé Kieran dans le nord de l’Australie ? Il secouait la tête pour rapidement se débarrasser de cette fantaisie empoisonnée. Il ouvrait le porte-dossier devant lui pour fouiner à travers les quelques cassettes de la conductrice. Son choix tombait sur l’album de Grease, qui lui arrachait un rictus surpris. Il le glissait dans sa radio. Summer loving had me a blast. Summer loving happened so fast. « Les chutes c’est très bien. Deux heures, c’est juste assez long pour nous casser les oreilles avec des comédies musicales. » Il ricanait. He got friendly, holding my hand. She got friendly down in the sand.

Les chutes tombaient et soulevaient la brume. Raphael sentait se poser sur sa peau quelques gouttelettes froides. Il se reculait de quelques mètres sur le rocher et s’asseyait finalement pour mieux admirer la vue. Pourtant, il fermait rapidement les paupières en profitant de l’odeur de nature qui entourait lui et Maisie. La jeune femme s’installait à ses côtés et il la lorgnait. « Alors. Qu’est-ce que tu fuyais, toi ? Tu avais vraiment l’intention de venir ici seule ? » Deux heures de route, et encore deux autres pour le retour, pour seulement regarder de l’eau tomber en solitaire. L’histoire semblait boiteuse mais qui était-il pour juger ? Il ne la connaissait pas.          

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Maisie Moriarty
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le faux miroir
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ÂGE : vingt ans (10.02.2001).
SURNOM : son nom fait le travail.
STATUT : célibataire, pas intéressée (sauf par ton chien).
MÉTIER : employée dans un cinéma de quartier, sert le popcorn avant d'aller récurer les toilettes (ou inversement selon la politesse) ; un compte onlyfans où elle vend ses sous-vêtements sales et envoie des photos de ses pieds, parce qu'il n'y a pas de petits profits.
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ORIENTATION SEXUELLE : Ça ne m'intéresse pas.
PETIT PLUS : un frère, trois demi-frères et sœurs, les relations ne sont idéales qu’avec le plus jeune d’entre eux (llewyn, 9 ans) ≈ mouton noir de la famille qui est tombée dans les troubles du comportement alimentaire à l’adolescence et ne s’en est jamais sortie ≈ vierge et peu intéressée à ce que cela change, peu intéressée tout court par l’idée d’être en couple ≈ mère démissionnaire, elle prend de plus en plus en charge son jeune frère ≈ impulsive, immature, elle vit sa crise d’adolescence avec un peu de retard ≈ arrogante, peste, bourrée d’insécurités, douce : un vrai paradoxe.
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llewyn ⊹ there’s no other love like the love for a brother. there’s no other love like the love from a brother.

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Message(#) Sujet: Re: (raphael) thelma + louise (raphael) thelma + louise EmptyMer 10 Nov - 23:25



J’enchaîne, je n’arrive plus à me taire alors que je SAIS que je devrais le faire. Que je ne devrais pas enfoncer la situation, surtout que ce sont ces mêmes cernes, ce même regard perdu, cette même dégaine hésitante que je critique que je trouve terriblement charmantes. C’est ça, le truc. Raphael est loin d’être un mannequin, mais il est tellement plus charismatique et je me perds dans mon malaise alors que lui, n’oublie pas de me regarder et d’accentuer le poids de celui-ci. Mais pourquoi je n’arrive pas à me taire, bon sang ? Ce n’est pas compliqué, il suffit de fermer la bouche et hop, c’est magique, c’est réglé. J’y arrive enfin et j’attends le moment où il me fera comprendre que j’ai été trop loin, parce c’est ainsi que je suis faite, je vais toujours trop loin. Avec moi, avec les autres, avec Raphael. « Tu fais du théâtre ? Tu as trouvé toutes ces idées rapidement, je suis impressionné. » Il est impressionné. Il est impressionné par moi et je baisse légèrement la tête car je sens que mes joues chauffent. J’essaie de me raisonner ; je ne suis plus une adolescente, mais une AdUlTe (il paraît), je ne dois pas réagir ainsi pour un compliment qui relève plus de la politesse que la sincérité. « Ça s’appelle avoir une grande gueule... j’imagine ? » Je précise avec un sourire gêné, parce qu’il s’agit là de quelque chose qu’on me reproche trop souvent. Je veux toujours avoir réponse à tout, je ne prends jamais le temps de réfléchir à mes mots et je ne sais pas m’arrêter ; ce qui amène à des situations comme celles-ci et souvent bien moins à mon avantage (pas que celle-ci le soit réellement). « Tu devrais essayer, ça t’irait bien. » Et je m’enfonce dans la chaleur de mes joues alors que non, non, ça ne lui irait pas. Enfin, j’en sais rien. Mais c’est ce qui le rend charmant, Raphael, avec ses hésitations, son regard fuyant et son sourire timide. « Enfin, si tu veux, évidemment. » Oublie.

Ce que je ne veux pas qu’il oublie, c’est cette proposition faite bien malgré moi (non, pas du tout) de m’accompagner dans ce road-trip qui était supposé être un moment de calme et qui ne le sera évidemment pas en compagnie de Raphael. Évidemment que je vais angoisser, évidemment que je vais m’inquiéter de dire quelque chose que j’aurais dû éviter, évidemment que je vais trouver le moyen de rendre le moment encore plus gênant qu’il ne le semble déjà : après tout, nous ne nous connaissons pas vraiment et les sujets de conversation pourraient être vite épuisés. Néanmoins, le van semble en être qui ne connaîtra pas de fin en vue de l’intérêt du blond et sa spontanéité me décroche un sincère sourire. Mon regard se porte sur le téléphone qu’il sort de sa poche et mes lèvres s’étirent encore plus. « Je te présente mon fidèle compagnon. Je l’ai récupéré dans une vente de garage, je pense qu’il appartenait à une fille de douze ou treize ans, pas plus. Je n’ai pas osé retirer les autocollants pour pas le dénaturer. » Mon regard a enfin réussi à quitter le sien alors que je l’observe dans ses gestes et que j’en viens même à rire légèrement quand il précise : « Il prend des photos étonnamment pas si… terribles. » J’ai envie d’en avoir une preuve, mais je n’ose pas. « C’est dingue, si ça se trouve j’étais même pas née quand il est sorti. » Je ris avant de me reprendre ; non, Maisie, NON. Je ne dois pas dire ça, je ne dois pas insister sur cette différence d’âge, parce que je n’ai pas envie qu’il me voit comme une gamine. « Enfin, non, je l’étais, je l’étais sûrement, oui. » C’est maladroit, c’est ridicule. Je perds contenance à chaque minute qui passe alors j’essaie de me concentrer sur ce téléphone en prenant mes aises et en m’en emparant. JE SUIS STUPIDE. Bien sûr que je suis stupide quand mes doigts frôlent les siens et que je sens mon cœur s’accélérer. « C’est une pièce de collection, ça, t’en as bien conscience j’espère ? » J’interroge pour masquer ma gêne en retournant le téléphone sous toutes les coutures, avec précaution, avant de lui rendre son dû. « Il est incroyable. J’en suis jalouse. » Et c’est vrai, je trouve l’idée de ce téléphone, assorti à son propriétaire, terriblement fun.

Ce que beaucoup trouvent moins fun, c’est la dégaine de mon van et certains ont déjà refusé d’y monter sous ce seul prétexte. Autant dire que je suis ravie que ce ne soit pas le cas de Raphael et, mieux, qu’il parvienne à trouver d’excellents arguments pour se rassurer ou me rassurer (même si ce n’est pas sa volonté, je le sais bien). « Tu as tes deux jambes et tes deux bras. Ça veut dire que tu n’as pas encore fait d’accidents. Et que nous nous en sortirons en vie tous les deux. » « J’aime cette façon de penser. J’hésiterai pas à m’en servir la prochaine fois que mes potes hésitent à monter. » Merci Raphael, tu as décidément beaucoup de qualités. « Ma radio ne mange pas les cassettes, si ça t’intéresse. » « Évidemment. C’est bien pour ça que je t’ai proposé cette virée. » Parce que j’ai besoin de musique et non de sa compagnie, ahah, bien sûr, je suis terriblement crédible (et pour la énième fois, ridicule). Je le suis moins quand j’en viens à parler de Llewyn, car c’est le sujet le plus naturel qui soit, entre nous, mais surtout pour moi. Je pourrais disserter des heures durant sur ce gamin ; alors évidemment que je n’ai aucune peine à être à l’aise, même si l’évocation de la déception de Lee à l’idée de ne plus avoir Raphael comme professeur n’est pas plaisante à aborder. « Je pense que ça me ferait plus de tort que de bien. Quand il perdra tous ses élèves, l’école pensera peut-être à me rappeler. » Je pince les lèvres, comprenant sa décision, avant de hausser les épaules. « J’espère. D’ici-là, si tu veux te reconvertir en prof particulier bénévole, n’hésites pas à me faire signe. » Il est déjà prof ; soit, ce ne serait pas vraiment une reconversion, mais j’imagine que le côté bénévole, oui. Ce serait le seul moyen pour moi de continuer à assurer des cours à Llewyn et c’est ce qui me plaisait dans ceux proposés par l’école ; le fait de ne pas avoir à les payer, car évidemment que ce n’est pas dans notre budget, ni à ma mère, ni à moi. « Mais sérieusement, j’espère qu’ils réaliseront quel bon élément ils ont perdu. » Ne serait-ce que pour les élèves, car je ne doute pas que Llewyn n’est pas le seul à avoir été atteint par cette annonce.

Raphael me donne le dernier feu vert pour le kidnapper et je ne masque pas ma joie d’avoir de la compagnie, c’est tout et pas forcément la sienne (si, totalement). Je lui laisse pourtant une dernière porte de sortie, car je ne voudrais pas qu’il se force pour me faire plaisir et lorsqu’il glisse une cassette dans sa radio, dernière preuve qu’il en est, je ne peux m’empêcher d’afficher un nouveau sourire. « Les chutes c’est très bien. Deux heures, c’est juste assez long pour nous casser les oreilles avec des comédies musicales. » « Pour que je te casse les oreilles en chantant des comédies musicales. » Je rectifie avec un sourire amusé et il ne faut pas longtemps pour que je m’y mette ; peut-être qu’il regrette de ne pas être sorti au feu rouge, finalement.

J’ai fait de mon mieux pour ne pas lui casser les oreilles, pour ne pas être trop bavarde et m’assurer qu’on arrive entiers aux chutes et je crois que j’ai plutôt bien réussi ma mission lorsqu’il m’a suivi sans s’opposer sur le chemin qui mène à destination. Pour la première fois, j’oublie mon passager alors que je m’émerveille de ce paysage qui me fait toujours le même effet. Certains diront qu’il y a beaucoup plus beau, c’est certain, mais il y a quelque chose de fascinant dans la puissance de cette eau et de ce que la nature peut créer. M’installant aux côtés de Raphael, je reste silencieuse un instant lorsqu’il me demande : « Alors. Qu’est-ce que tu fuyais, toi ? Tu avais vraiment l’intention de venir ici seule ? » Secouant d’abord la tête par l’affirmation, je tourne les yeux vers lui pour retrouver ce regard dans lequel je me suis pas perdue depuis trop longtemps (une heure). « Ma mère. Ça sonne cliché, non ? » Je ris légèrement avant de préciser : « Si je reste dans les environs quand je suis disponible, c’est l’assurance d’avoir un appel, ou une dizaine, pour me demander des services tout au long de la journée. » J’aime ma mère, vraiment, mais j’ai besoin de profiter de ma vie aussi, même si ça implique de faire deux heures de route en solitaire simplement pour prétendre que c’est le cas. « Et puis, tu admettras que c’est quand même plus agréable que Bayside et son odeur de poisson pourri. » Je pourrais ajouter qu’il y a une part de nostalgie car nous allions toujours en vacances au même endroit, plus jeunes, et qu’il y avait des chutes aux pieds desquelles je pouvais passer des heures avec mon père. Mais il ne s’intéresse sûrement pas à ma vie, Raphael et je n’ai aucune envie d’en dire plus que nécessaire. « Et tu sais, il y a pas de mal à faire des choses seul. » Je ne sais pas si c’était de la curiosité ou de l’étonnement de sa part, alors ma voix reste calme et posée. « Bien au contraire, tu t’interdis beaucoup moins de choses. » Il y a beaucoup moins de regrets, aussi. Je ne suis pas faite pour la solitude de manière générale, mais j’ai appris à ne plus m’en formaliser si celle-ci est à mon avantage ; l’avantage ici étant celui de profiter d’un paysage sur un coup de tête, sans attendre l’approbation de quelqu’un sous la forme d’une compagnie que j’ai finalement appris à juger plus contraignante que nécessaire. Et si moi j'en prends conscience, je ne suis pas sûre que ce soit le cas de Raphael, auquel j'adresse un regard entendu.

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Raphael Elly
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ÂGE : Vingt-neuf ans mais coincé dans le corps d'un adolescent qui en a pas profité assez. 11 décembre 1992.
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Message(#) Sujet: Re: (raphael) thelma + louise (raphael) thelma + louise EmptyLun 22 Nov - 4:40


Maisie ne doit pas en vouloir à Raphael. Il ne voit pas les signes. Il est un amateur dans le domaine de l’attirance. Il ne regarde jamais les gens avec des yeux désireux, il ne s’imagine jamais se rouler sous les draps d’une belle personne, il ne ressent pas le besoin de partager des moments intimes avec quiconque. Il n’a jamais compris pourquoi les gens décrivaient leurs célébrités préférées comme « chaudes » ou même le fameux « baisables » qui n’a jamais résonné de la bonne façon à ses oreilles. Il n’aime pas ces mots. Il les trouve dégradants et, par conséquent, il préfère assumer que jamais personne ne l’a identifié de cette façon ; après tout, il n’est pas comme les autres garçons. Il n’a pas la gueule d’un protecteur mais plutôt celle du gentil petit frère, ou de l’ami de la famille, le type dont on oublie le nom mais jamais le visage car il est hors normes. Seulement une seule fois il s’est trouvé charmant en détaillant son reflet dans le miroir : c’est lorsqu’il sentait son cœur battre pour Kieran. Devant Maisie, il se considère comme un fantôme et que la jeune femme aime faire la charité. Elle lui parle parce qu’il était seul en public et qu’il avait la mine déconfite, terrible, selon ses dires. Elle a effectivement une grande gueule. « Ouais, sûrement. » Le garçon marmonnait en esquissant un rictus à la fois amusé, à la fois mal à l’aise. « Tu devrais essayer, ça t’irait bien. » S’il n’avait pas baissé les yeux, il les verrait les signes - mais il n’arrivera quand même pas à les analyser de la bonne façon. Il se dirait que Maisie a les joues rougies parce qu’elle a chaud et c’est totalement normal en Australie. Il a lui-même le visage coloré, il en est presque certain. « Enfin, si tu veux, évidemment. » Lèvres pincées, il se contentait d’hausser les épaules, ne comprenant pas vraiment ce qu’elle insinuait. Il ne parle pas assez, c’est ça ? « Je préfère être le mec discret qui passe inaperçu. » Et, si Maisie souhaite le contraire, alors tant mieux pour elle parce que tous les projecteurs sont rivés vers son visage cramoisie en ce moment. « Est-ce que tu as de l’eau ? Tu devrais boire. » Il le remarquait seulement maintenant. « Tu as les joues rouges, c’est la chaleur. » Il avait naturellement enfoncé sa main dans son sac de sport pour en sortir une bouteille d’eau. Le danseur n’est habituellement pas du genre à partager ses effets personnels mais, après tout, elle peut faire attention à ne pas coller ses lèvres au goulot. Il ne prenait pas la peine de lui demander de le faire parce qu’il assumait que ce serait un réflexe pour elle. Il lui tendait la bouteille.

Raphael avait jusqu’à récemment seulement été amoureux de vieux appareils démodés et d’engins proches de la mort. C’est pour cette raison qu’il a des étoiles plein les yeux quand il apprend que Maisie est la propriétaire de ce van rouillé au milieu du parking. Sans hésitation, il sortait de sa poche son téléphone qui pue les années 2000 et les licornes. « C’est dingue, si ça se trouve j’étais même pas née quand il est sorti. » Ses sourcils se fronçaient aussitôt qu’elle mentionnait son âge. Comme s’il réalisait seulement maintenant qu’il était beaucoup plus vieux qu’elle, il se raclait la gorge. « Enfin, non, je l’étais, je l’étais sûrement, oui. » Mais il souhaitait se rassurer : « Attends, tu as quel âge ? Je te donnais vingt-deux ou vingt-trois. » Elle était mature – presque – et il n’aurait pas le réflexe de la carter s’il était le propriétaire d’un bar. Il ferait peut-être une énorme erreur sans le savoir, justement. « Parce que ce truc… » Il coinçait le téléphone entre son pouce et son index pour le bouger devant ses yeux. « Il date de 2004. » Une sorte de fierté, peut-être. « Les autocollants aussi, probablement. » Il ajoutait en riant timidement, puis sa bouche s’ouvrait grand comme un O quand Maisie le lui arrachait des doigts. Il n’osait cependant pas exprimer la moindre objection. Il n’en était pas capable. Victime. « C’est une pièce de collection, ça, t’en as bien conscience j’espère ? » Ses yeux ne lâchaient pas une seconde l’appareil que la jeune femme faisait tourner dans ses mains comme si elle découvrait une technologie futuriste. Elle ne semblait pas réaliser qu’il était à nouveau mal à l’aise mais, heureusement, elle lui redonnait bien rapidement sa pièce de collection. En le rangeant à nouveau dans sa poche, il concluait : « Tu devrais t’en trouver un. C’est… ressourçant de ne pas avoir accès aux réseaux sociaux. » Avec un peu de chance, son compte Instagram, rempli de commentaires haineux, a simplement disparu une fois qu’il l’a mis en mode privé.

Il ne faut pas demander deux fois à Raphael d’entrer dans ce van dont plusieurs écrous sont certainement dévissés. Il a la tête d’un enfant le jour de Noël quand il s’installe du côté passager. Il ne craint pas les accidents parce que ses pères, eux aussi friands de vieux objets de collection, lui ont souvent rappelé que la qualité était bien meilleure dans le passé. Pour exemple, sa grand-mère possédait encore un réfrigérateur datant des années 60. Et, aux dernières nouvelles, il garde encore la viande au frais. « J’aime cette façon de penser. J’hésiterai pas à m’en servir la prochaine fois que mes potes hésitent à monter. » Elle a des potes, alors. Des gens probablement aussi extravertis qu’elle. Pour tout dire, Raphael serait terrorisé à l’idée de rencontrer un groupe de plusieurs Maisie. Elle est gentille, oui, mais sa batterie sociale tomberait à sec bien rapidement. Il préfère sa radio, qui ne lui parle jamais, car elle se contente de lui jouer ses mélodies préférées. « Évidemment. C’est bien pour ça que je t’ai proposé cette virée. » Il souriait doucement à la suite de cette révélation, sans toutefois regarder la jeune femme, parce qu’il craindrait de se faire imposer un énième regard fixe. Mais il tente toute de même de faire des efforts ; il ne faut pas croire que Raphael est seulement constitué d’atomes de malaise et d’embarras. Il lui arrive parfois d’avoir de bonnes idées de discussions qu’il regrette souvent. Après tout, il aurait préféré ne pas repenser à l’école qui l’a viré il y a de ça quelques mois déjà. Le jour où il a admis à Kieran qu’il était amoureux de lui avant de se faire fermer la porte des sentiments au nez. Une excellente journée, d’ailleurs. « J’espère. D’ici-là, si tu veux te reconvertir en prof particulier bénévole, n’hésites pas à me faire signe. » Il fronçait automatiquement les sourcils, réfléchissant réellement à la question. Ce ne serait pas une mauvaise idée, s’il mettait sa gêne de côté. Il n’est pas mauvais avec les enfants et, s’il a su gérer un grand groupe, il saurait apprivoiser un seul gamin. « C’est une vraie proposition ? » Mais il soupirait bien rapidement comme s’il se rappelait là, tout de suite, la définition de « bénévole ». Il est un peu dans le trou en ce moment et, même s’il a signé un contrat pour Weatherton, il a besoin d’une plus grande source de revenu. Il ne s’imaginait cependant pas demander à Maisie de lui offrir un salaire en échange de ses services. Il ne faut pas s’attendre à beaucoup de courage de sa part. « Je ne pense pas que j’aurais le temps. » Il préférait mentir pour ne pas admettre sa situation précaire. « Mais sérieusement, j’espère qu’ils réaliseront quel bon élément ils ont perdu. » Il la remerciait d’une voix muette, seulement un souffle et un sourire, qui se perdait bien rapidement derrière la bande son de Grease et la voix accompagnatrice de Maisie. Oof. Pas top. Mais supportable. Pas une fois pendant la balade de deux heures Raphael décidait d’accompagner la conductrice dans son karaoké. Elle aurait pu se moquer de lui et c’était une situation à éviter à tout prix.

Entre deux nids de poule, il se demandait si Kieran avait une jolie voix. Et, devant les chutes d’eau, il se permettait enfin d’arrêter d’imaginer son visage à travers le voile de brume que l’eau soulevait. Il décidait de profiter du champ des oiseaux et des craquements des branches des arbres ébranlés par le vent. Maisie se posait bientôt près de lui et il sentait la chaleur de son corps réverbérer contre ses bras nus. Il devinait qu’elle n’avait pas décidé de venir ici pour aucune raison. Il fallait vouloir fuir quelque chose pour avoir la motivation de conduire deux heures en solitaire jusqu’ici. Pas que la vue est désagréable, mais Raphael a déjà été assez traumatisé par la solitude des voyages. Il aurait dû revenir avec Kieran, finir le trajet avec lui.

Pourquoi il repense à lui, encore ?

« Ma mère. Ça sonne cliché, non ? » Cliché pour les autres, oui. Mais Raphael n’avait jamais eu la chance de vouloir fuir sa mère. Au contraire. « Si je reste dans les environs quand je suis disponible, c’est l’assurance d’avoir un appel, ou une dizaine, pour me demander des services tout au long de la journée. » Il gloussait et demandait, sans la regarder : « Tu es l’ainée de ta fratrie ? » Il n’avait jamais su si Ellwyn était son seul frère mais, vu la différence d’âge, c’était presque logique. « Et puis, tu admettras que c’est quand même plus agréable que Bayside et son odeur de poisson pourri. » Cette fois, son rire était un peu plus clair et il enroulait ses genoux avec ses bras. Ainsi, il devient plus petit, plus discret. Il préférait l’entendre parler plutôt que de parler lui-même. Il n’avait rien d’intéressant à dire de toute façon. Sa vie n’inspirerait pas beaucoup d’écrivains. « Et tu sais, il y a pas de mal à faire des choses seul. » Il se permettait de la regarder en attendant la suite de ses pensées. « Bien au contraire, tu t’interdis beaucoup moins de choses. » Il ne s’est jamais rien interdit, alors. « Tu as raison. Mais, parfois, j’aimerais perdre un peu de cette liberté. Avoir des responsabilités envers quelqu’un. Être celui qu’on appelle en SOS pour aller acheter du lait à l’épicerie parce qu’il y en a plus à la maison. Être celui qu’on appelle pour prendre des nouvelles. » Et il regrettera bien évidemment la suite de ses mots dans un futur proche parce que c’est la recette gagnante : « Me réveiller à côté de quelqu’un le matin et lui faire couler du café. » Merde. Ce doit être le paysage féérique qui lui soutire des informations confidentielles. Après tout, le soleil tapant ressemble un peu à l’une de ces lampes que les enquêteurs utilisent pour voler la vérité de la bouche des accusés en salle d’interrogatoire. « Y’a du bien à la solitude mais je n’ai plus rien à me dire. » Il haussait les épaules en ricanant discrètement derrière ses genoux.

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— The dilemma —

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