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 je voue mes nuits à l'assasymphonie et aux blasphèmes (hugo #2)

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Message(#) Sujet: je voue mes nuits à l'assasymphonie et aux blasphèmes (hugo #2) je voue mes nuits à l'assasymphonie et aux blasphèmes (hugo #2) EmptyLun 19 Déc - 1:09


fortitude valley :: saucibar

Je renie la fatale hérésie qui ronge mon être. Je veux renaître.

Le glas des deux semaines suivant mon agression avait sonné et je réalisais, épris d'une inavouable crainte et d'un profond manque de volonté, qu'il me faudrait bientôt reprendre le cours de ma vie. Si j'avais éhontément tanné mes meilleurs amis ainsi que l'équipe soignante tous les jours de mon hospitalisation pour pouvoir quitter rapidement le centre hospitalier, comme si je pouvais laisser mes hontes et mon désamour sur leur lit, je ne me sentais assurément pas prêt à m'extraire du nid douillet - que je prenais désormais plutôt pour une grotte (et j'avais même adopté la barbe de plusieurs jours pour soutenir cette thématique) - que représentait le logement de Dani. La vérité était que j'étais terrifié à l'idée d'arpenter de nouveau les rues de Brisbane et surtout d'y croiser mes agresseurs qui hantaient fidèlement mon sommeil, quand bien même je savais que cette peur était déraisonnable : effectivement, les probabilités que je me fasse agresser de nouveau était plutôt minces, sans compter que, comme je me plaisais à me le répéter intérieurement inlassablement, j'avais cherché cette attaque. Si j'avais été simplement Kai, ces hommes ne se seraient probablement pas arrêtés. Bea, toutefois, avait eu de quoi mériter ces offenses, à leurs yeux et à quelques autres que j'aurais préféré ne pas entendre.

La honte et la culpabilité constituaient des alliés de taille pour m'inciter à rester cloitré derrière la porte de l'appartement de la Hwang. Chaque jour de ma convalescence, je ruminais amèrement la scène et ses conséquences, à en nourrir le désir de beugler à mon cerveau de cesser de repasser en boucle ce cauchemar. Je payerais cher pour tout oublier, tout effacer de ma mémoire, peut-être même ces énergumènes qui s'en étaient mis à cœur joie en cette première nuit de décembre. Mes pensées allaient bon train sur le spectre de la noirceur, même si encore une fois, je gardais ces cafards précieusement pour moi, convaincu que le temps les asphyxieraient et qu'il était une solution de ne pas leur donner d'importance en en parlant à mes proches. Les nuits blanches étaient néanmoins franchement noires, avec pour seule distraction les allers et venus de la nouvelle conquête de ma colocataire qui se pensait discrète et qui, en plus du noir et du blanc, m'avait filé le bleu de la peur lors de sa première expédition clandestine. Mais au moins, je n'avais pas vendu le secret de Dani.

L'un des rares motifs qui m'avait fait sortir de l'appartement était les rendez-vous qu'on se donnait entre five pour regarder les matchs de la coupe du monde de football et auxquels chacun y trouvait son intérêt : certains aimaient les performances sportives, d'autres le physique des joueurs (personnellement les deux). Ces rencontres composaient de vrais saluts qui me confortaient sur le fait que mes meilleurs amis ne me rejetaient pas et restaient présents pour moi. La gratitude que je leur vouais était incommensurable, leur soutien m'avait profondément touché et plus que jamais, ils étaient à mes yeux ma vraie famille. Cependant, je m'en voulais de plus en plus férocement d'entretenir quelques secrets sur ma personne vis-à-vis d'eux, secrets que devait maintenant porter de surcroît Noor pour moi. Ces silences ne pouvaient plus durer, par respect pour mes meilleurs amis qui méritaient ma franchise et par respect pour Lyb à qui je ne voulais pas imposer ce poids.

Après la finale, j'avais promis à Hugo que je passerais au Saucibar, non sans m'assurer que Greg puisse me mettre dehors en raison de mon nouveau look du moment - je n'oubliais pas les jours off obtenus par Hugo, suite à son échange musclé avec Seth, qui nous avaient permis d'aller en Nouvelle-Calédonie. Le garçon avait peut-être deviné que le fait de reprendre le chemin du boulot le lendemain du match me stressait, sans doute que continuer de me malmener les ongles même après que l'Argentine ait gagné avait pu me trahir. De prime abord, je n'avais pas spécialement été emballé par cette invitation ; non pas que je n'avais pas envie de retrouver Hugo, bien au contraire, et j'adorais aussi le Saucibar que je considérais presque comme une autre maison, mais Brisbane la nuit me faisait frissonner malgré moi. J'avais toutefois accepté, refusant de m'empêcher de vivre et de me priver des gens que j'aimais et des bons moments que nous pourrions passer ensemble plus longtemps. La vie devait continuer, de toute évidence, puis être au bar m'empêcherait idéalement de broyer du noir.

Je passais de Toowong à Fortitude Valley sans encombre et poussais les portes de l'établissement convivial. Naturellement, je prenais place au bar tout en cherchant Hugo des yeux. Je devinais à son absence qu'il était probablement dans la réserve. J'ignorais les quelques regards en coin curieux que je recevais ainsi que les remarques que je provoquais sur mon passage, mon portait amaigrit et fatigué arborant encore des marques d'ecchymoses et de plaies en cours de cicatrisation même si les enflements s'étaient estompés. J'avais brièvement pensé à les dissimuler avec du maquillage mais je m'étais tout aussi vite résigné : ce n'était sans doute pas le bon plan vis-à-vis du travail qui connaissait les très grandes lignes des raisons de mon absence ces deux dernières semaines et comme si l'agression avait été un argument de choc pour me dissuader de continuer le drag, je m'interdisais de m'approcher de nouveau de tout élément rattaché à ma passion.

@Hugo Blanchard  I love you


Dernière édition par Kai Luz le Mar 15 Aoû - 0:32, édité 1 fois
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Message(#) Sujet: Re: je voue mes nuits à l'assasymphonie et aux blasphèmes (hugo #2) je voue mes nuits à l'assasymphonie et aux blasphèmes (hugo #2) EmptyJeu 22 Déc - 18:07


Les bleus ont perdu et j'avoue, je suis saoulé. Ils auraient pu leur donner la coupe directement à l'Argentine si c'est pour faire ce qu'ils ont fait ce soir. Je suis dégoûté.
Avec le décalage horaire, on ferme le bar bien plus tard. Je suis défoncé parce qu'il est plus de 3h du matin et que j'étais de service ce midi aussi, mais on tient le bon bout, les gens vont bientôt se tirer. Je suis carrément pas le seul à être déçu du match. Sans surprise, y'avait quand même pas mal de français qui étaient venus voir la finale au bar, et la déception était belle et bien présente. C'est Kai qui va bientôt débarquer tout sourire en me narguant parce que l'Argentine a vaincu mon pays. Je le laisserai faire, avec joie même, parce que chaque petite victoire de son côté lui permet d'oublier un instant ses malheurs, et me rassure par la même occasion. Il a du mal à s'en remettre, de son agression, Luz. Quand un sourire se trace sur ses lippes, il est assez vite effacé par ces sales images lui reviennent en tête. Et malheureusement, c'est souvent que ça arrive.

Il m'a promis qu'il viendrait me voir ce soir, et je n'attends que ça depuis la fin du match, d'apercevoir sa petite tête derrière le comptoir. Greg m'interpelle : y'a un grand gaillard qui a vidé ses trippes juste à côté du chiotte et faut que je nettoie. Forcément, il peut pas le faire, l'ex flic, parce qu'il risque de rendre son repas lui aussi après avoir lavé la galette du client. Je m'exécute grossièrement, juste pour enlever le gros du truc, avant de retourner à mes shakers, dans l'espoir de retrouver mon ami. Il vient tout juste d'arriver d'ailleurs, et je me dépêche de le rejoindre.

" Salut gros", je te glisse à l'oreille avant de m'éloigner, bras tendus pour que tu viennes m'enlacer. Ça fait plusieurs semaines que t'es sorti de l'hosto, mais j'ose toujours pas trop te toucher de peur de te faire mal, je préfère te laisser faire. "Tu m'énerves avec ce sourire victorieux, hein ! Tiens", je te dis en te tendant un billet de 20 dollars, "Franchement, j'étais vraiment persuadé que la France allait laminer l'Argentine." C'est de bonne guerre, et le billet que je te tends est celui que je t'avais volé le match précédent, on est quittes. "Tu veux boire quoi ? Un truc fort ou juste une bière ?" je te demande en m'installant à mon poste, prêt à te fournir un cocktail bien chargé si t'en ressens le besoin. "On va bientôt fermer, mais tu prendras ton temps pour boire ce que tu dois boire, je reste ouvert pour toi toute la nuit si tu veux" Ce que tu veux, comme tu veux, quand tu veux. Tant que j'arrive un peu à te changer les idées, c'est tout bon pour moi.
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Message(#) Sujet: Re: je voue mes nuits à l'assasymphonie et aux blasphèmes (hugo #2) je voue mes nuits à l'assasymphonie et aux blasphèmes (hugo #2) EmptySam 7 Jan - 17:05


La voix de Hugo me fait légèrement sursauter mais c'est un sentiment de soulagement qui m'envahit lorsque je reconnais mon meilleur pote que j'enlace spontanément amicalement. Je ne doutais assurément pas qu'il allait être présent lorsqu'il m'a invité à le rejoindre après le travail au Saucibar, ma confiance envers Hugo et sa parole inébranlable, néanmoins, mon esprit demeure malgré moi en état d'alerte dès que je fréquente le grand public. Une pernicieuse angoisse récalcitrante s'est logée au fond de mes entrailles depuis début décembre à l'idée de retomber sur mes agresseurs et je demeure sur le qui-vive tout en me sentant aussi impuissant que ridicule. Quelles étaient les chances que l'événement se reproduise ? Que pouvais-je faire de plus si cette désastreuse rencontre venait à se reproduire ? Je me confortais du fait que les bandits ne seraient peut-être pas en mesure de me reconnaître, même si je n'en étais pas entièrement convaincu puisqu'ultimement, seule la nuit de la scène me voilait quelque peu lorsqu'ils avaient entrepris de me dedrager et mes ecchymoses persistants pourraient les mettre sur la voie. Je tentais de me rassurais par le point que je ne leur avais jamais rien fait personnellement mais cette absence de motif volait sinistrement en éclats dès que je me rappelais qu'une plainte avait été déposée à leur encontre, créant une raison de m'en vouloir et instaurant en moi un honteux sentiment de culpabilité. Je chassais rapidement ces pensées d'épouvante, mon rictus s'élargissant devant les paroles du français : "Tu m'énerves avec ce sourire victorieux, hein ! Tiens." Un léger rire franchit même la barrière de mes lèvres pendant que je récupère mon billet de 20 dollars australiens. C'est stupide mais, sous-jacent, mon cœur se serre parce que par ce geste, je pense à toutes les prestations de drag auxquelles je m'interdis de participer et qui me manquent déjà. Cependant, encore une fois, je me force à ne pas y songer et je me concentre sur le moment présent. Ca ne sert à rien de se faire du mal puis j'ai conscience qu'il faut que je me reprenne en mains pour vivre de nouveau normalement. Je ne peux pas m'empêcher d'exister, rester dans la peur ni ruminer mon agression indéfiniment ; je dois aller de l'avant et cesser de dédier autant de pouvoir à ces gars-là. Heureusement, je suis excessivement chanceux et je peux compter sur le soutien des five pour me changer les idées et m'épauler. Je ne pourrais jamais assez les remercier pour tout ce qu'ils ont fait depuis mon hospitalisation et plus que jamais, je me sens mal de continuer de leur cacher la réelle raison de cette attaque. Cependant, mes lèvres demeurent scellées, terrifié à l'idée de décevoir ma famille de coeur, de les heurter, de les perdre. Je sais qu'ils ont tous l'esprit ouvert mais je me sens minable de leur avoir menti pendant tant d'années et je redoute qu'ils soient blessés par ma malhonnêteté, bien que ce secret s'étende à toute ma vie et n'ait absolument rien de personnel envers mes meilleurs potes. J'assume pas être drag queen et être si passionné pour cet art et même si c'est malsain, cacher ce volet essentiel de ma vie constitue une de mes manières de le rendre moins important, voire moins réel, aussi. "Franchement, j'étais vraiment persuadé que la France allait laminer l'Argentine." ""Laminer", carrément ?" Je taquine. "On lamine pas les latinos comme ça, bro' !" Je lance. "Mbappé a été un dieu," je reconnais toutefois. "C'est dommage que la France soit pas rentrée dans le match dès le départ." Ca aurait franchement changé la donne selon moi. Je presse l'épaule de mon interlocuteur de ma main. "Dans 4 ans, on se retrouve pour la finale France-Brésil !" J'annonce avec optimisme avant qu'on ne se pose chacun d'un côté du bar. "Tu veux boire quoi ? Un truc fort ou juste une bière ?" J'hésite quelques instants. Mon cœur balance entre me mettre la tête à l'envers ou être sage et éviter de m'ajouter une nouvelle migraine. "On va bientôt fermer, mais tu prendras ton temps pour boire ce que tu dois boire, je reste ouvert pour toi toute la nuit si tu veux." Je souris sincèrement à Hugo, appréciatif. Il est vraiment une crème à me traiter aux petits oignons comme ça, il n'y en a pas deux comme lui et je suis aussi fier que reconnaissant de l'avoir comme bro. Je ferais sans hésiter pareil pour lui et je veillerais aussi à ne pas l'épuiser. "J'veux bien une bière s'il-te-plaît. J'te prends même une bière française, tiens, en soutien à Mbappé," je prononce avec malice. La vérité était que j'étais quand même déçu pour Hugo que la France ait gagné, même si j'avais pris plaisir à parier en faveur pour l'Argentine et ce pays limitrophe au mien et dont je suivais les joueurs, avec les autres d'Amérique Latine, depuis mon enfance. "C'était pas trop chaud ici avec le match ?" Je demande. A ma connaissance, il y a pas mal de français qui viennent au Saucibar et je m'inquiète quand même que la tension ait pu monter avec la déception de la défaite. Mes nouvelles tendances à me soucier de la survenue de violence un peu partout n'aident en rien, mais j'espère tout de même que le Blanchard n'ait pas eu une journée trop éreintante.
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Message(#) Sujet: Re: je voue mes nuits à l'assasymphonie et aux blasphèmes (hugo #2) je voue mes nuits à l'assasymphonie et aux blasphèmes (hugo #2) EmptyMer 25 Jan - 20:16


Ca va, t’es sympa, tu nargues pas autant que si les rôles étaient inversés avec une France victorieuse, et un Blanchard heureux. Tu te contentes de me le faire comprendre par ton regard que l’Argentine, elle est meilleure que les bleus. “Ouais, j’ai bien dit laminer”, je rétorque, toujours dégoûté de cette défaite. Mais ça va, t’es pas trop méchant, tu relèves quand même les prouesses de l’un des meilleurs attaquants du monde. Puis, je suis pas rancunier. “La France vaincra contre le Brésil, bro, te fais pas trop d’espoir. Je suis persuadé qu’on sera encore meilleurs dans quatre ans.” J’en démordrais pas.

Je te sers de la triple d’une brasserie artisanale et locale que je connaissais bien sur Paris, dont je fais les louanges ici. “C’est bien, je t’ai bien appris le respect”, je te réponds, sourire taquin. Je m’en sers une par la même occasion, tu vas pas boire tout seul voyons. Je me désaltère de plusieurs gorgées avant de répondre à ta question.

Franchement, l’ambiance était folle ce soir. Tu t’en doutes, y’avait quand même une majorité de supporters français.” Le bar est quand même à l’effigie de la France. “On était tous deg, mais y’a pas eu vraiment de casse. Juste des connards qui étaient là pour foutre la merde. Les gars sont venus juste pour provoquer, ils sont venus insulter et dénigrer les bleus et leur jeu, mais on les a viré assez rapidement.” C’est tout à fait le genre qui cherche des embrouilles pour se battre et donc se défouler gratuitement. Des gars comme ça, on en croise souvent dans les bars, mais pendant les matchs, ils sont bizarrement très souvent présents. “Et toi alors, ta soirée ? Vous avez regardé le match ensemble avec les filles ?” Pourquoi est-ce qu’il est le seul à s’être motivé à me rejoindre ce soir ? “Elles voulaient pas venir me voir avec toi après ?” C’est vrai qu’il est sacrément tard et qu’il y a sans doute moyen qu’elles se soient endormies juste après. Y’a vraiment que Kai qui est loyal, hein.
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Message(#) Sujet: Re: je voue mes nuits à l'assasymphonie et aux blasphèmes (hugo #2) je voue mes nuits à l'assasymphonie et aux blasphèmes (hugo #2) EmptyMar 31 Jan - 3:40


La défaite est difficile à digérer pour Hugo et je ne peux pas l'en blâmer : la France a effectué un sacré parcours durant cette coupe du monde et je trouve profondément regrettable que les bleus n'aient selon moi pas su entrer dans le match dès le début de ce dernier. L'Argentine, qui possède aussi des joueurs de qualité, en a tiré tout son avantage, mais il n'en demeure que cette finale aura été mémorable. Je reconnais les prouesses du pays duquel est originaire mon bro, tout comme le talent indéniable de Mbappé. Je lance ensuite un rendez-vous à dans quatre ans, pour une finale France-Brésil. “La France vaincra contre le Brésil, bro, te fais pas trop d’espoir. Je suis persuadé qu’on sera encore meilleurs dans quatre ans.” Je ne peux m'empêcher de pouffer devant l'arrogance de Blanchard mais c'est aussi ce que j'aime chez lui : sa loyauté frisant parfois l'insolence. “J'ai hâte de te déplumer avec nos paris mon poussin,” je joue, malicieux.

Un nouveau rire franchit la barrière de mes lippes lorsque Hugo commente à ma commande en soutien à la France : “C’est bien, je t’ai bien appris le respect.” “T'as vu ça un peu, la fidélité,” je valorise avec humour en tirant fièrement sur mon t-shirt. Le trentenaire se verse une pinte par la même occasion et je bois une première gorgée longue et généreuse. Ca fait du bien, mine de rien. Ces soirées entre bro m'ont manquées. Même si la dernière remonte qu'à quelques semaines, j'ai le sentiment que mon agression a imposé une traître rupture dans mon histoire qui s'en est vue sévèrement fractionnée. Ca n'a pas de prix de retrouver les bons moments du passé et les renouer au présent. C'est salutaire de mettre dans un coin de ma tête tout ce qui me hante suite à cette attaque pour reprendre goût aux petits plaisirs de la vie.

Curieux, je questionne Hugo sur l'ambiance au bar durant le match, m'inquiétant de potentielles esclandres. J'écoute le récit de mon interlocuteur, hoche la tête avec compréhension quand il me décrit la déception, souris faiblement lorsqu'il m'explique que les fauteurs de trouble ont vite trouvé la sortie de l'établissement. Je prends une nouvelle gorgée de ma bière et comme pour visualiser la scène de ces provocateurs mis à la porte, je me tourne vers l'entrée du bar. “Et toi alors, ta soirée ? Vous avez regardé le match ensemble avec les filles ?” Mon teint déjà pâle blêmit brutalement, mes yeux se rivent malgré moi sur la silhouette d'un garçon au billard, comme le papillon de nuit qui se brûle à la lampe du jardin, mon portrait se décompose. Mon cœur manque un battement, il me procure la sensation douloureuse de sombrer au fond de mon ventre en arrachant toutes mes entrailles au passage. Ma gorge se serre violemment, mon regard passe frénétiquement du portrait du jeune homme à sa main, à la recherche de ce maudit tatouage qui hante chacune de mes nuits et qui noircit, avec horreur, bien sa peau, ne faisant aucun doute sur l'identité de cette personne, ou du moins, de sa part de responsabilité dans mon séjour hospitalier. “Elles voulaient pas venir me voir avec toi après ?” La voix de Hugo rappelle mon attention et j'aimerais bien me tourner vers lui pour lui répondre mais je me trouve prodigieusement pétrifié sur place, le souffle de plus en plus court. Ce n'est que mon ancien agresseur qui se tourne dans ma direction qui me fait m'animer enfin, par un nouveau heurt à mon rythme cardiaque qui fait glisser mon verre de mes doigts. Celui-ci se brise en plusieurs morceaux sur le plancher du bar, la moitié de la bière que je n'ai pas eue le temps de boire se déverse sur le sol et je disparais du champ de vision de Hugo en me précipitant pour ramasser les dégâts.

C'est la panique dans ma tête, c'est le cauchemar qui se rejoue. La vision des morceaux de verre que je tente de récolter de mes mains qui tremblent comme des feuilles se mêle amèrement à mes souvenirs nocturnes que je milite à chasser de ma tête, qui tambourine avec épouvante dans ma boîte crânienne. Je me fais mal à m'appliquer à ces deux exercices et mon cœur bat à tout rompre dans ma poitrine, j'ai l'impression que bientôt, je le vomirais et il rejoindra aussi le plancher du Saucibar. Je n'ose plus regarder en la direction du billard parce que je suis terrifié à l'idée que le mec m'ait reconnu, parce que je ne suis pas certain de pouvoir encaisser un nouveau rappel si cuisant de cette attaque, et bien vite, les interrogations martèlent mon esprit.

Quelles étaient les probabilités pour que je retombe sur ce type ? Et si les autres hommes avec lui étaient de ceux qui m'avaient agressé aussi, en cette nuit de décembre ? Et s'il décidait de terminer ce qu'il avait commencé ? Je ne veux pas être parano, mais les mots reposant sur mon dépôt de plainte pour expliciter ce dont ces hommes sont accusés m'ont assez glacé le sang pour que je flippe : "tentative de meurtre précédé, suivi ou accompagné de torture et actes de barbarie". Ca m'a complètement renversé que les autorités ait rangé mon cas dans de telles catégories, comme si cela rendait le tout indélébilement réel, comme si mes tentatives de banaliser ce qui s'était passé étaient réduites à néant. Je ne sais même pas sur quoi les flics se basent pour écrire que ces malfrats ont tenté de me tuer : est-ce que l'un d'entre eux l'a confessé ? Est-ce que seules l'étendue de ce qu'ils m'ont fait le justifie ? Ca m'horrifie de penser qu'on ait voulu atteindre de la sorte à ma vie. Je n'ai jamais fait de mal à personne, je n'ai jamais cherché de noises à qui que ce soit. Si j'avais été un mafieux ou une ordure, j'aurais compris, mais là, franchement, j'ai même pas su leur faire de mal, à eux. Alors, pourquoi ?

Je sais très bien ce qui les a dérangés, je reconnais qu'il faut que j'arrête de me voiler la face et qu'il est temps que j'assume. J'ai capté ce qu'ils m'ont reproché : ils me l'ont bien assez craché durant mon passage à tabac. J'ai entièrement conscience de ce qu'ils ont voulu détruire en m'attaquant. Si je tente personnellement de faire disparaître cette grande part de mon être en la gardant secrète, eux ont voulu l'anéantir en me bafouant de tous les moyens possible comme si j'étais un monstre à éliminer à jamais. Dans un sens, ils ont peut-être même réussi car je n'ose même plus m'approcher du monde du drag alors que c'est ce que j'aime le plus sur cette planète.

Ils ont incrusté dans mon crâne traumatisé que je n'étais pas innocent parce que je les ai provoqués. Il est là, mon crime à moi. Ca me révulse de penser ainsi parce que je trouve ignoble d'accuser les victimes qui n'ont jamais rien demandé que de pouvoir faire ce qui leur plaît et d'être elles mêmes sans faire de mal à qui que ce soit - et pourtant, je le fais allégrement pour mon compte. Parce que dans un sens, ça me permet de gagner un peu de contrôle sur toute cette horreur qui me happe. Ca me donne une solution précaire - et pas entièrement efficace - pour ne pas craindre être de nouveau envoyé à l'hôpital - ou pire.

Je soupire, je marmonne des jurons en portugais, je renifle discrètement. Ca me tue parce que je suis terrorisé à l'idée de vivre de nouveau ce que j'ai vécu, ça me range parce que j'ai juste envie de m'évanouir dans la nature. Si je m'écoutais, je m'envelopperais même de la capuche de mon hoodie parce que je me dis qu'à mon attitude et mes coups sur mon visage, il a peut-être déjà deviné qui j'étais et Dieu sait ce qui pourrait leur venir en tête. Ca m'épuise parce que je suis en colère aussi.

Je suis enragé parce que ce type est libre comme l'air alors que moi, je suis sans cesse asphyxié dans mon propre corps, par mes propres pensées, par mes acides regrets. Ca me frustre parce que je les entends rire à côté et sans doute être très fiers alors que moi, ça fait des semaines que je suis incapable de me regarder dans le miroir tant je me dégoûte. Ca m'énerve parce que je ne sais même pas comment vivre avec tout ça au quotidien, je ne trouve pas le moyen de remonter la pente aussi vite que j'aimerais, je me sens démoli comme ce pauvre verre sur le sol. Il y a tous les morceaux mais aucun ne semble faire du sens ensemble maintenant et en aucun cas il pourra contenir de nouvelles bières, n'est-ce pas ? Comment le réassembler ? Et je ne parle même pas des bris qui sont perdus à jamais, trop microscopiques pour être réutilisés. Mais je ne veux pas être irrécupérable comme lui non plus et c'est peut-être pour ça que je m'acharne à regrouper tous les morceaux de verre, ça et en plus du fait que j'ignore tout de mon prochain mouvement. Je ne peux pas confronter le type, je ne peux pas fuir non plus. Je refuse de courroucer Hugo et qu'il entre en mode Hulk et se fasse du tort ou qu'on lui fasse du mal. “Je crois que -” je commence par glisser d'une voix blanche à Blanchard qui m'a rejoint, levant un regard malgré moi très expressif vers lui. Je crois qu'on doit appeler la police, je me répète sans oser terminer à voix haute ma phrase. Je ne veux pas causer du tort au Saucibar non plus, mais ce mec ne devrait pas être en liberté et je ne sais pas du tout quoi dire ni quoi faire. S'il est ici, c'est qu'il a échappé aux autorités jusque là, de ma compréhension. On ne se balade logiquement pas dans les bars quand on est accusé de tentative de meurtre. “Est-ce que tu connais le nom des personnes qui jouent présentement au billard ?” je demande enfin, d'une voix dont je tente de contrôler au maximum les trémolos. Si c'est le cas, je pourrais peut-être aller au commissariat demain ou leur téléphoner pour révéler l'identité du sale type et il se fera interpellé, sans scène houleuse dans le bar, sans risquer que Hugo bondisse sur lui - même si Blanchard se doute certainement de quelque chose. Dans le meilleur des scénarios, je préserve mon bro, je ne cause pas d'ennuis à son employeur. Il sera juste hors de question que je rentre chez moi seul après, quitte à dormir entre la table basse et la télé de l'appart d'Hugo.
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Message(#) Sujet: Re: je voue mes nuits à l'assasymphonie et aux blasphèmes (hugo #2) je voue mes nuits à l'assasymphonie et aux blasphèmes (hugo #2) EmptyMer 15 Fév - 9:58


Si t'avais l'air plutôt dans un bon mood en arrivant, c'est plus du tout le cas maintenant. Est-ce que c'est parce que j'ai demandé si t'avais vu le match avec les filles ? Parce que... Tu l'as vu avec elles, right ? A moins qu'il ne se soit passé quelque chose entre temps ? Vous vous êtes quand même pas pris la tête ? C'est pas votre genre - pas ton genre. À moins qu'elles aient dit un truc sur ton agression ? T'as eu toute une période où tu t'es fermé. Je savais plus comment te parler, comment t'aborder. J'avais peur de réveiller un trauma, de te trigger au moindre toucher, que ça altère notre relation. Mais t'as fini par me laisser rentrer à nouveau petit à petit dans ta bulle, et j'ai fait ce que je savais le mieux faire : le clown. J'ai jamais essayé de te faire de grands discours - j'en suis même incapable de toute façon. Par contre, les filles, elles en seraient bien capables, ouais. Elles aiment bien parler de ce qu'elles ressentent blabla, c'est pas évident je trouve, et c'est bien pour ça que je les laisse faire. Mais c'est pour ça du coup que tu blêmis ? Que tu m'entends plus, que t'es complètement déconnecté ? "Kai ? Eh, Kai ?" j'essaie d'obtenir ton attention mais ton regard reste figé. Alors je détourne les yeux à mon tour pour tenter de déceler ce que tu fixes. La table de billard ? Les gens qui y jouent ?

Ton verre tombe au sol, et c'est ce qui te fait revenir à la réalité. Tu te dépêches de ramasser, comme si t'avais fait une connerie. "Laisse ! C'est pas grave", je m'empresse de te dire, mais t'es déjà à quatre pattes sous le bar. Je me dépêche de te rejoindre avec de quoi nettoyer, et pose délicatement une main sur ton épaule. Je voudrais pas t'effrayer. "Kai ? Tu m'entends ? Laisse, je vais faire, tu risques de te faire mal." Tu trembles comme jamais, tu pleures et t'es tout pâle. Des mots portugais sortent enfin de ta bouche, et au ton employé, j'ai bien l'impression que ça ressemble à des insultes. "Hey, ça va bro ?" je demande encore une fois, mes tentatives précédentes n'ayant pas trouvées de réponses.

Quand tu relèves les yeux vers les miens, je sais pas si j'y vois de la peur, de la haine ou une envie de vengeance. Un mélange des trois, je crois ? “Je crois que -” Je reste pendu à tes lèvres, j'attends la suite. Mais je crois que t'as pas vraiment envie de me dire ce que tu souhaites. Comme si quelque chose t'en empêchait. Je ne te brusque pas, je reste simplement agenouillé au sol auprès de toi. Je suis là, parle moi, te signifie mon regard, démuni sans ta parole. “Est-ce que tu connais le nom des personnes qui jouent présentement au billard ?” Mon regard se tourne vers les mecs qui se fendent la poire pendant qu'ils tirent dans les boules, et là, je comprends. Putain de merde. "C'est eux ?" Je vais les démonter ces fils de chien. Je vais leur faire bouffer le sol et leur enfoncer les boules de billard dans leur gorge jusqu'à ce qu'ils s'étouffent. Mon regard s'assombrit, la colère monte dangereusement. Ils ont envoyé mon pote aux urgences sans raison apparente, et ça, c'est pas acceptable.

J'aimerais tellement les faire payer, leur faire autant de mal que ce qu'ils t'ont fait, mais je sais que je ne ferais pas le poids contre eux. Ils sont trop nombreux. Je perdrais mon taf et certainement deux trois côtes. Si ça n'avait été que ça, je crois que j'y serai allé. Mais t'as l'air de me vouloir à côté de toi. Je veux pas te lâcher, je veux pas que cet épisode soit un nouveau traumatisme. Je réancre mes yeux dans les tiens, cherche à savoir ce qui pourrait te faire le plus de bien. "Soit j'appelle les flics pour tous les embarquer, soit je vais exploser la gueule de celui qui vient d'aller aux chiottes. Dis-moi ce que tu veux que je fasse." La décision te revient. Si ça ne tenait qu'à moi, j'irai lui exploser le crâne, à celui qui va vider sa vessie, et peu importe le nombre de témoins.
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Message(#) Sujet: Re: je voue mes nuits à l'assasymphonie et aux blasphèmes (hugo #2) je voue mes nuits à l'assasymphonie et aux blasphèmes (hugo #2) EmptyLun 27 Fév - 1:42


Je reste planté, dissimulé derrière le bar, des morceaux de verre brisés dans mes mains que je serre un peu trop fermement pour ne pas qu'ils se plantent superficiellement dans mon épiderme. Tout mon corps tremble malgré moi et mes gestes sont malhabiles, saccadés, tout comme mon cœur qui produit de véritables saltos dignes des plus grands haut-le-coeurs dans sa cage thoracique aux sensations exponentiellement étroites. Je déglutis difficilement, des jurons portugais franchissent péniblement la barrière de mes lèvres, teintés de colère, de désarroi, de chagrin, de désir de vengeance. Ma vision se brouille parce que d'une part, je lutte contre le besoin violent d'évacuer toutes les larmes de mon corps, dans ce bar qui est comme ma deuxième maison. J'ai envie de lâcher enfin prise car revoir cet énergumène constitue la fatale goutte qui fait déborder le vase de ma contenance après tout ce que j'ai tenté d'encaisser sans trop broncher. Je suis fatigué d'être comme je suis, je suis exténué de porter encore les marques de mon agression qui m'incitent à fuir mon reflet dans chaque miroir qui m'insupporte pour diverses autres raisons, je suis épuisé de ne pouvoir dormir sans être réveillé en sursaut, la gorge sèche, le palpitant affolé. J'en ai prodigieusement marre de réveiller Dani en pleine nuit lorsque j'angoisse involontairement et que la honte me cisaille de l'intérieur. J'ai exploité mes dernières tolérances qui me font garder patience le temps que mon corps soit enfin moins douloureux, à défaut de mon cerveau qui s'avère totalement en roue libre depuis les faits de ce sinistre premier décembre. Je n'en peux plus, j'arrive à sordide saturation, et savoir qu'au moins un des mecs qui m'a placé dans cette situation s'enthousiasme à quelques mètres de moi me défait totalement.

D'autre part, je convoite aussi être transporté par mes nerfs, par mon ire, par mon désir de revanche, et me propulser en position debout pour me ruer vers ces hommes et me défouler sur eux. Je rêve de les frapper, de traduire ce que je vis et ce que je ressens depuis des semaines par mes poings que je pourrais leur adresser jusqu'à ce que ma force me quitte. Je convoite de leur arracher leur téléphone portable afin de découvrir leur identité et les envoyer derrière des barreaux, là où Noor m'assure encore et encore que leur place se trouve, quand bien même j'ai encore du mal à l'accepter puisque je ne souhaite pas être celui qui ternit l'histoire de quelqu'un, qui condamne, quand bien même je n'ai jamais demandé d'être leur victime.

- Sauf que si, et c'est bien ça le problème. Le souci, c'est que je m'en veux presque autant que j'en veux à ces criminels. Je m'accuse de les avoir provoqués, je me culpabilise en m'assurant que je n'ai eu que ce que je méritais. Moi et mes secrets, mes passions inavouées, mes doubles jeux, mes infernaux non dits. C'est un véritable cauchemar qui se déploie devant moi, une marée d'épouvante dans laquelle je me noie scrupuleusement. Lorsque je sens enfin la main de Hugo sur mon épaule, je lève timidement un regard pulsé d'émotions vers mon meilleur ami, qui lui aussi, ne détient pas tous les volets explicitant ce maudit chapitre.

J'essaie de réfléchir au mieux, d'être stratégique et intelligent alors que les sentiments m'ébranlent par puissantes déferlantes. Je passe ma manche sur mon visage et je finis par prendre la parole parce que je sens dans l'expression de Hugo qu'il s'inquiète à mort et je ne désire pas lui causer plus de tracas. Finalement, j'opte pour une recherche d'informations. Le savoir c'est le pouvoir, c'est bien ce qu'on dit ? Si Blanchard connait ces types, les autorités pourront les arrêter ultérieurement et ils pourront avancer leur enquête. Je tremble de plus belle, abandonne le verre cassé pour croiser les bras contre mon buste, en réflexe de protection inconscient. "C'est eux ?" Mais forcément, Hugo comprend aussitôt. Je l'ai soupçonné aux nouveaux éclats qui se sont installés au creux de ses pupilles lorsque je l'ai interrogé. Je mordille prudemment ma lèvre inférieure boursoufflée, nerveux. Je sens la colère monter périlleusement en lui ; elle tonne à en faire former solidement des poings menaçants. Je m'agrippe à son regard comme à une bouée en pleine tempête, mes yeux hurlent ma prière qu'il reste près de moi et n'aille pas faire justice lui-même, comme je l'en sais très capable, comme ce serait l'une de ses pulsions premières. Hugo, il défend les siens, il est un homme d'honneur. Par ailleurs, je ne peux pas lui reprocher sa fureur : si les rôles étaient inversés, j'aurais voulu leur faire manger toutes leurs dents à ces monstres. "Soit j'appelle les flics pour tous les embarquer, soit je vais exploser la gueule de celui qui vient d'aller aux chiottes. Dis-moi ce que tu veux que je fasse."

Ma mâchoire est contractée à l'extrême, mon palpitant martèle tellement ma poitrine que j'en ai mal. Ses battements résonnent jusqu'à mes tympans, assourdissants. La vérité est que je ne veux rien de tout ça. Je refuse catégoriquement que Hugo se bagarre et je ne souhaite pas que les flics débarquent. Je rejette totalement que ces brutes lèvent la main sur mon frère de cœur et je me convaincs que si toute une affaire est faite, ça pourra causer du tort au Saucibar et je ne souhaite pas attirer d'ennui au français. Puis, au fond de moi, je ne me sens pas légitime d'autant de moyens, d'autant de réactions. Je suis ainsi à deux doigts de mentir à mon interlocuteur, lui dire que je me suis trompé ou que ce n'est rien. Sauf que rien ne va chez moi et je pourrais jamais faire avaler ce grotesque mensonge, même à un aveugle, et je sens la moutarde monter de plus en plus chez Hugo qui risque de bondir sur le type qui reviendra bientôt des toilettes. "C'est ma faute, Hugo," je souffle finalement, m'entendant parler d'une voix blanche, comme si les termes étaient sortis d'eux-même, du fin fond de mon âme, de mon cœur, de mon désespoir. "C'est ma faute. Je les ai provoqués. C'est moi le problème, c'est moi le fautif." Je passe de nouveau la manche de mon hoodie sur mon visage larmoyant. Mes lèvres tremblotent, ma voix est mal assurée. "Va pas les voir s'te-plaît. C'est ma faute. C'est juste ma faute." Mes sourcils sont froncés, mes traits tirés par la fatigue physique et morale. "Je rentrais tout seul et il était très tard. J'ai pas pris les bonnes rues," je relate difficilement, me disant que si je suis sincère avec Hugo, si je lui donne toutes les informations, il n'ira pas initier d'esclandre sur son lieu de travail. "Je rentrais d'un bar." Une boule indigeste s'impose dans ma gorge, comme pour m'étouffer de prononcer les prochains termes. Mon regard fuie quelques instants mon interlocuteur, honteux. "Un bar LGBT. Comme Jiji va parfois." Sauf que Jiyeon n'était pas là, sauf que je connaissais ce lieu avant même qu'elle le fréquentait parce que je l'avais repéré dès mes premiers jours à Brisbane, après des recherches sur le web. Je pose mes doigts nerveusement sur ma tempe, là où les points de suture sont vestiges de la bouteille de bière que j'ai reçu haineusement. J'avale péniblement ma salive, tentant d'amoindrir cette boule dans ma gorge. "J'étais..." Et les mots me manquent cruellement. Je fixe Hugo comme s'il pouvait lire dans ma tête, l'implorant de lire en moi. "J'étais..." Je reprends, comme un gamin qui tente de sauter d'un plongeoir mais il est terrifié, il est tétanisé, il ne peut pas faire plus d'un pas et dès qu'il voit trop le rebord, il se rétracte, le coeur battant à tout rompre. "J'étais déguisé." Ce n'est pas le bon terme, mais c'est le seul que j'arrive à articuler. "C'était une soirée spéciale," et je me débine, motivé par une sorte d'instinct de survie faussement éthique, les parties de mon être tenant encore si solidement à ce secret parce que tout va bien, entre Hugo et moi, comme ça, et je flippe plus que tout que notre amitié bascule quand il apprendra cette facette de moi. "Une soirée drag," je plisse les yeux comme si le mot me faisait mal, comme si je redoutais un impact incessamment sous peu. "Je suis toujours moi, Hugo. Ca change pas qui je suis. Je suis toujours moi," je me presse à lui dire, terrifié de son rejet, terrorisé que son regard change. "Je l'ai plus refait, depuis," je valorise comme si c'était une tare, comme si c'était moi, le crime, comme si ça me démoralisait pas et ne me manquait pas affreusement de ne plus faire de drag, comme si ça avait été l'histoire d'une seule fois alors que ça fait des années que j'exulte sous les traits de Bea.
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Message(#) Sujet: Re: je voue mes nuits à l'assasymphonie et aux blasphèmes (hugo #2) je voue mes nuits à l'assasymphonie et aux blasphèmes (hugo #2) EmptySam 6 Mai - 20:43


Je crois que je ne t’ai jamais vu dans cet état. Ce mélange de colère – peur, c’est tout nouveau et ça ne me plait pas. Je ressens immédiatement tes émotions, ton incapacité à m’expliquer ce qui se passe. Alors je bouge pas. J’essaie de communiquer avec toi mais mes questions restent sans réponse. Je tente d’établir un contact visuel avec toi, juste pour te signifier que je suis là, avec toi, et que je bougerai pas tant que je n’aurais pas d’indication de ta part. Qu’on reste en silence à genou pendant trente minutes ou qu’on se mette à insulter des gars, je suis ton homme, je te suivrai peu importe ta décision. Du moment que tu parviennes à reprendre tes esprits et à te sentir à peu près en sécurité, tout me va.

Quand tu me demandes qui sont ces hommes derrière le billard, je comprends. Immédiatement, la colère monte et j’ai du mal à m’empêcher d’aller fracasser celui qui s’est dirigé vers les WC. Mais comme dit précédemment, je suis ton homme, j’obéirais à tes demandes, quelles qu’elles soient. Tu mets du temps à me répondre, comme si t’avais peur, comme si t’osais pas. Tes yeux fuient les miens et je ne sais pas si c’est parce que tu as peur qu’ils t’aient remarqué, ou si tu as peur de me confier ce qui te tracasse. Parle-moi, je ne peux rien faire sans informations. Je veux t’aider, mais je ne veux pas mal agir. Je veux respecter ta volonté, et je ne suis pas sûr de ce qu’elle est, là tout de suite. Ça doit être contradictoire pour toi aussi, dans ta tête, mais il faut me répondre maintenant, Kai.

"C'est ma faute, Hugo" que tu chuchotes, de façon à peine audible. "Quoi ?" Mais qu’est-ce que tu me racontes ? Depuis quand c’est de la faute de la victime, maintenant ? Tu continues à te justifier comme un gamin qui confesse une connerie, et je peine à comprendre ton raisonnement. "Kai…" Tu continues comme si tu t’excusais auprès de moi, je ne supporte pas de te voir dans cet état. C’est pas ta faute, pourquoi tu t’infliges ça ? Pourquoi tu veux absolument porter le chapeau alors que t’as failli y laisser ta peau, bordel.
Mais t’es lancé dans tes explications, et je veux pas t’arrêter alors je me tais pour l’instant. Au moindre mot, tu pourrais t’arrêter et j’ai besoin d’avoir les détails pour mieux comprendre. "J'étais..." Tu te tais à nouveau. T’étais quoi, Kai ? Dis-moi, putain. "J'étais..." Mes yeux cherchent les tiens à la recherche d’une réponse, mais j’arrive pas à savoir ce qui se passe dans ta tête, je suis pas télépathe Luz ! "J'étais déguisé." Mes sourcils se froncent. Je comprends pas où tu veux en venir. Où est le mal ? Me dit pas que t’as fait un blackface ? Me dit pas non plus que t’étais déguisé en nazi ou un truc du genre ? Non, Kai, me dit pas que t’as rejoint ces catégories de personne ? Putain, qu’est-ce que je te réponds moi si tu me sors un truc comme ça ? "C’est pas grave t’inquiète on fait tous des erreurs" ? C’est pas une erreur ça, c’est plus que ça. Mais c’est pas ça, hein ? C’est pas en ça que t’étais déguisé ? T’es pas de ces gens-là, Luz ? Je te connais, t’es pas comme ça, hein ? Par pitié, me dis pas que tu t’es fait enrôler dans une secte. "C'était une soirée spéciale" J’ai peur. J’ai franchement peur de ta réponse, mais j’essaie de rester neutre. Je veux que tu me parles, que tu finisses ce que tu as à dire mais tu prends ta vie à cracher le morceau.

Et, quand enfin tu m’annonces que t’étais tout simplement habillé en drag, un rire de soulagement s’échappe de ma gorge. J’ai pas réussi à le retenir, mais putain, tu m’as fait peur, couillon. Tu prends peur face à ma réaction, tu te justifies, comme si t’avais fait une connerie. Merde, putain, t’as merdé Hugo là. Je t’interromps aussi tôt dans tes explications qui ressemblent davantage à des excuses. "Hey, hey, hey, Kai !" Mon ton est sec, comme si je t’engueulais. "Je suis désolé d’avoir ri, c’était nerveux. J’ai cru que t’allais m’annoncer que tu faisais partie du KKK ou d’une filière dérivée, putain." Je reprends doucement mes esprits, ancre mes yeux dans les tiens. Mes mains posent le verre au sol pour venir les plaquer fermement sur tes joues. "Ca va pas ou quoi ? Pourquoi j’ai l’impression que tu t’excuses d’être allé à cette soirée en drag ?" J’ai pas envie de t’engueuler, mais c’est plus fort que moi. Je supporte pas l’idée que tu penses que t’es fautif dans l’histoire. "Tu fais bien ce que tu veux et j’en ai rien à foutre que ça soit arrivé une fois ou vingt. C’est pas parce que t’étais pas habillé en sweat – jeans qu’ils avaient le droit de te faire ce qu’ils t’ont fait." J’ai du mal à ravaler mes larmes, mais je parviens juste à faire en sorte qu’elles humidifient mes yeux sans qu’elles ne roulent sur mes joues. Vraiment, je déteste te voir souffrir ainsi. Je supporte pas le fait de savoir tout ce qu’ils t’ont fait, ces fils de chien. "Je t’aime et je t’aimerais toujours, tu m’entends ? Et c’est certainement pas ça qui changera quoi que ce soit entre nous." C’est vraiment très dur de ne pas me mettre à chialer, je te le jure. "Ma proposition tient toujours. Soit je vais en démonter un vite fait bien fait dans les chiottes, soit je les vire d’ici en appelant les flics. Either way, je veux pas de ça dans ce bar, donc ils vont vite jarter d’ici ces salopards." Bordel Kai, comment t’arrives à te contenir face à eux ? Dis-moi vite ce que tu préfères parce que si je dois prendre la décision pour toi, sois certain que je ressortirais pas indemne des WC. Parce qu’il est barraque quand même, celui qui est parti pisser, mais j’en ai rien à foutre, il va quand même perdre ses dents sur la cuvette des chiottes, je te le promets.
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Message(#) Sujet: Re: je voue mes nuits à l'assasymphonie et aux blasphèmes (hugo #2) je voue mes nuits à l'assasymphonie et aux blasphèmes (hugo #2) EmptyMar 9 Mai - 20:05


Je me sens propulsé sans cérémonie en plein coeur d'un cauchemar. Si mon coeur ne battait pas à tout rompre dans ma cage thoracique, je m'évertuerais à me pincer pour me sommer un réveil au sein de circonstances toutes autres que le catastrophique désastre que j'irradie actuellement. Terrorisé, honteux, furieux, je me recroqueville contre le bar comme si j'espérais m'intégrer aux ronds du bois et y disparaître. Je tremble de tout mon corps et je suis incapable de garder contenance alors que des perles nouées de stress, de désamour, de peur, creusent des sillons aussi amers que glaciaux sur mes joues livides. Je les gomme sauvagement de la manche de mon hoodie, lambeaux de fierté intoxiquée, ma peau encore sensible des multiples coups que j'ai reçus deux semaines plus tôt me réprimandant par des électrochocs de souffrances.

Je fuis le regard de Hugo tout en m'y rattachant régulièrement, comme si au creux de ses pupilles, que je n'ose maintenir parce que je m'en sens indigne, j'y déniche aussi une bouée de sauvetage qui me rescape des tourments virulents qui me happent sans pitié. Les morceaux de verre sont abandonnés entre nous et sentir le français qui bout à proximité se calque sur ma personne, comme une maladie contagieuse. La nervosité est extrême, je ne veux pas qu'ils répondent à son impulsivité et aille se confronter à ces malfrats, je refuse qu'il soit blessé par ma faute tout comme je réfute l'idée que des problèmes soient attirés à son travail au Saucibar et à l'établissement en général. Alors, je n'ai plus le choix. J'entame laborieusement mon chemin de croix, les lippes pâles, la mâchoire crispée, le palpitant frappant mon buste comme s'il voulait abandonner le navire qui n'est plus qu'épave à mes yeux.

Au début, Hugo manifeste son étonnement. Je croise rapidement son regard à chaque syllabe qu'il article, terrifié par l'éventualité qu'il me rejette ou qu'il se mette en colère. L'envie de me rétracter m'envahit sournoisement, pourtant, pour se faire, il faudrait que je mente à mon meilleur ami et cela ne figure pas dans mes cordes. Ne pas lui dire des choses, tout comme au reste de la bande, c'est ma spécialité, mais leur mentir en pleine face, je ne l'ai jamais fait, par respect, par honneur, par amitié. Je passe de nouveau ma manche sur mon visage, croise les bras contre ma poitrine dans une vaine tentative de me protéger, de me défendre, de garder mon coeur à l'intérieur de mon corps. Je bute sur les mots, les écorche maladroitement. Certains sont saccadés de sanglots irrépressibles, je bégaie en trémolos éperdus : c'est la discorde des émotions qui me coupe le souffle et me donne envie de vomir par la trouille pouilleuse de ma propre histoire.

L'aveu de mon activité de drag est lancé et plane entre nous. J'imagine la notion léviter telle une menace, un gaz impromptu, manifestement hilarant car Hugo échappe un rire franc. Figé, je ne sais comment réagir, j'ignore souverainement comment interpréter son soudain esclaffement. Alors, je tente de tout rattraper, lui promettre que ça ne change pas qui je suis et que j'arrêterais, que je n'ai plus recommencé, décrivant ma passion de tare de mauvaise augure. Mes yeux sont rivés sur l'une des épaules du barman puisque je suis incapable de confronter le reflet de son âme mais je ne veux pas rompre de contact visuel avec sa silhouette, telle une prière que le Blanchard ne couperait pas les ponts si je ne le perds pas de vue. Un jeu d'un, deux, trois, soleil cauchemardesque.

Je ne peux réprimer un sanglot, me sentant prodigieusement impuissant face à toutes les émotions qui m'accablent, la présence des bandits à quelques mètres, la réaction imprévu de mon interlocuteur. "Hey, hey, hey, Kai !" Le français hausse le ton, je sais qu'il réclame mon attention mais je ne peux toujours pas le regarder dans les yeux, de peur qu'il me somme pour m'engueuler, pour m'insulter, pour me demander de foutre le camp de son bar. "Je suis désolé d’avoir ri, c’était nerveux. J’ai cru que t’allais m’annoncer que tu faisais partie du KKK ou d’une filière dérivée, putain." Je cille, incrédule, incapable de réagir face à la déduction de Hugo. "Ca va pas ou quoi ? Pourquoi j’ai l’impression que tu t’excuses d’être allé à cette soirée en drag ?" "Parce que -" Le souffle me manque, ma gorge est si serrée que j'ai l'impression que le péage que doit y payer mes mots est trop amer pour qu'ils puissent franchir la barrière de mes lippes. "Parce que j'étais en drag. J'étais pas juste à la soirée. J'étais en drag." Je tente d'expliquer avec désespoir à Hugo, pointant l'argument de ma mise à tabac avec insistance. "Tu fais bien ce que tu veux et j’en ai rien à foutre que ça soit arrivé une fois ou vingt. C’est pas parce que t’étais pas habillé en sweat – jeans qu’ils avaient le droit de te faire ce qu’ils t’ont fait." Mes épaules s'affaissent. Le soulagement est salutaire malgré les déferlantes qui sévissent encore dans mes entrailles. Je porte mes manches à mon visage, me sentant désormais assez en sécurité avec Hugo pour me déconnecter quelques secondes de la scène et essayer de reprendre contrôle sur ma lamentable déchéance. "Je t’aime et je t’aimerais toujours, tu m’entends ? Et c’est certainement pas ça qui changera quoi que ce soit entre nous." Je hoche la tête à l'affirmative, en réponse à la question de mon bro, incapable de réagir davantage. Les mots de Hugo sont gravés dans ma mémoire, assurément, ils seront des piliers pour me réconforter et me donner confiance à l'avenir, mais dans l'instant, mon mutisme est aussi impérial que l'amour et la reconnaissance que je voue envers ce français que j'ai sacrément de chance d'avoir dans ma vie. "Ma proposition tient toujours. Soit je vais en démonter un vite fait bien fait dans les chiottes, soit je les vire d’ici en appelant les flics. Either way, je veux pas de ça dans ce bar, donc ils vont vite jarter d’ici ces salopards." Mon estomac se renverse, je libère mon visage de mes manches. "Celui qui est aux chiottes, ils le recherchent," j'explique à Hugo. "Il est pas censé être en liberté." Il devrait être en garde à vue ou en taule, à ce que j'ai compris, avec ses congénères. Ca n'a tellement aucun sens qu'il vive sa vie si librement et sereinement, à s'amuser avec ses amis, quand je suis dans tous mes états sur le sol du Saucibar, redoutant le fait qu'il m'aperçoive et termine ce qu'il avait commencé en début de mois. "Je préfère que t'appelles les flics," je lui demande sur le ton d'une prière d'envergure, tout en espérant que le voyou ne puisse pas se dérober entre temps, qu'il soit bien interpellé et que je ne me réduise pas à être terrifié de revenir sur le lieu de travail de Blanchard parce que je pourrais le recroiser.

"Hugo ?" Je formule à l'attention de mon meilleur ami qui vient de raccrocher avec la gendarmerie. Mes doigts malmènent nerveusement mon jeans. Il y a autre chose que j'ai cruellement besoin de lui dire, que je veux ardemment qu'il sache, même s'il me dira sans doute qu'il s'en fout totalement, que je peux bien faire ce que je veux, encore une fois. "C'est pas parce que je fais ça que..." Je marque une pause, déglutis, cherche mes mots. Ceux qui présenteront une partie de ce que je garde au fond de moi depuis des décennies, que je n'ose pas communiquer parce que ça me semble si fragile, si inadapté, si secret, si interdit. "Je couche pas avec des garçons. Je fais pas l'amour à des garçons." Ni à des filles, je pense, exceptée Mila, mais mon objectif est surtout de faire comprendre à Hugo que je tombe pas sous la catégorie des hommes gays qui sont aussi drag queens. C'est plus compliqué que ça, dans ma tête. "J'ai pas envie, je veux pas. J'aime pas ça." Il y a tout un amalgame confus entre le sexe en général, le consentement et les hommes. Je pense à ces conversations entre five, sous l'emprise de l'alcool à Paris, à l'époque durant laquelle je fréquentais des nanas, où je racontais en écho à leurs parties de jambes en l'air que ma dernière n'avait pas été mémorable. Puis, quelques jours ou semaines plus tard je leur annonçais que j'étais de nouveau célibataire sur un ton encore moins enjoué que lorsque je déclarais une promotion à Carrefour parce que finalement, ça ne collait pas entre nous, sans plus de précisions. Après Paris, j'avais arrêté de me forcer, comme si je fermais le chapitre de la romance en quittant la capitale française. J'ai jamais plus annoncé que j'étais en couple et mes interactions avec le sexe reposaient surtout en les récits que j'entendais des autres en vidant mon verre plus rapidement.
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